La pierre maudite
PROLOGUE


L’antiquité égyptienne est à l’origine d’une civilisation parmi les plus fascinantes de l’humanité. La légende de la pierre maudite y prend sa source, il y a des milliers d’années…

L’Égypte III siècle avant J.C
, nous sommes dans la ville de Crocodilopolis, notre famille composée de cinq personnes entièrement dévouées à l’existence après la mort. Mes deux frères sont scribes » celui qui s’est écrire » ils jouent un rôle exceptionnel dans la vie pharaonique avec un statut envié et respecté de tous.

Notre région d’habitation est située en Égypte dans une longue et étroite contrée coupée en deux par le Nil. Seule la rive droite du fleuve est cultivée. Tout le reste n’est que désert sablonneux à perte de vue et c’est là que se dressent les lieux sacrés ou nous enterrons nos morts.

Nous souhaitons l’immortalité après la mort, nous préparons notre sépulture pour ne pas interrompre la relation avec les dieux et les déesses du monde souterrain.

Nous avons une âme BA et un double invisible appelé KA. À notre décès le BA et le KA se libèrent du corps et continuent à vivre dans la tombe. Le BA par la suite rend visite à la famille et aux amis, alors que le KA va et vient entre la dépouille et l’au-delà..

Pour être immortels, le BA et le KA doivent pouvoir reconnaitre son enveloppe charnelle sinon, ils ne pourront pas le réintégrer. C’est pour cela qu’elle doit être préservée.

Autrefois les corps étaient simplement momifiés naturellement dans le sable chaud, qui les desséchait. Ils devenaient aussi durs que la pierre et se fossilisaient.

Je suis embaumeur, au service du pharaon, des nobles et des serviteurs des rois et des reines. Père est prêtre et mère officie dans une maison de vie. Des gens viennent parfois de très loin, même de l’étranger pour ce faire soigner. Notre médecine égyptienne est renommée.

Tout le pays est en deuil Pharaon Akhnaton est mort et Néfertiti son épouse qui incarne pour nous la déesse Hathor véritable incarnation de la beauté féminine, assiste en personne à la préparation du corps.

La momification m’a été confiée, c’est un procédé long et difficile. Il faut soixante jours pour préparer la dépouille selon un processus très particulier. Nous travaillons dans un atelier situé très près de la Pyramide ou il reposera pour l’éternité.

Avec deux aides, nous pouvons commencer à enlever d’abord les organes internes qui seront remplacés par du macron. La cervelle sera retirée avec un crochet en passant par les narines, les poumons, estomac et intestin embaumé également avec du sédiment. Le tout est ensuite placé dans une jarre appelée canope. Le cœur restera en place.

Depuis quinze ans, j’attends ce moment ou je vais pouvoir me venger de tout le mal que m’a fait pharaon. Tout ce temps à espérer l’opportunité d’intervenir dans sa vie, avoir enfin la possibilité de le faire souffrir dans ce que l’on a de plus précieux pour nous égyptien, notre existence après la mort.

1er chapitre


Thèbes est un petit village situé au bord du Nil où nous vivons heureux Athéna et moi. Depuis notre plus jeune âge nos parents nous ont élevés dans le culte d’Amon. Troisième enfant d’une famille de fonctionnaire au service du pharaon, je suis destiné à être embaumeur. Athéna deviendra divine adoratrice, sera astreinte au célibat en restant vierge consacré au dieu Amon et devra le rester jusqu’à la fin de ses jours. Elle règnera sur le harem céleste, de vastes appartements remplis de jeunes beautés entièrement promises au plaisir des divinités et vierge comme leur maîtresse.

Au cours de notre adolescence, nous avons tous été réveillés par un bruit assourdissant. Les gens du village quittaient leur maison en urgence, le Nil débordait chaotique et désordonné. L’eau produisait en pénétrant entre les roches de granit un hurlement effrayant.

Au nord du djebel Sililch dans le delta, la vallée s’élargit régulièrement ; de nombreux bras se détachent du cours principale et irriguent les terres avoisinantes. Pendant les crus la totalité de ces terres est inondée, les constructions submergées.

Portés par la foule qui se dirigeait sur les hauts plateaux, nous avons été à un moment séparé de nos familles et nous nous sommes retrouvés seuls. Une pluie abondante s’est mise à tomber, nous avons trouvé refuge dans une grotte. Nous étions complètement trempés, serrés l’un contre l’autre. Après un court instant, j’ai inspecté la caverne pour vérifier s’il n’y avait pas de danger, une bête féroce en avait peut-être fait sa tanière. Je suis revenu avec un fagot de bois mort que j’ai entassé et embrasé en frottant énergiquement un bâton sur un morceau de liège, comme me l’apprit mon père.

Elle était transie de froid, j’ai commencé à ôter mes vêtements pour l’inciter à faire de même et là sous les flammes, nous nous sommes retrouvés nus. Je percevais sa silhouette gracile, ses paumes ramenées sur sa poitrine et ses cuisses fermées pour cacher son intimité. Je me suis rapproché du feu, j’ai tendu ma main dans sa direction pour l’inviter à me rejoindre tout près de cette source de chaleur. En baissant les yeux, elle est venue se blottir contre moi.

L’aube nous a trouvés ainsi, endormis à même le sol. Sa tête au creux de mon épaule, sa jambe droite couvrant la mienne comme pour mieux profiter de mon contact. J’ai délicatement écarté ses bras et sans faire de bruit, je me suis levé, récupéré nos vêtements éparpillés autour de nous. Au moment où j’ai relevé les yeux dans sa direction, elle a bougé pendant son sommeil, ces deux bras étaient maintenant retombés et laissait apparaitre sa poitrine naissante. Sa posture me permettait d’entrevoir le galbe de ses hanches et tout près du bas de son ventre, un éventail plus sombre qui masquait à peine le centre de sa féminité. Je l’ai recouverte avec sa tunique pour couvrir ce corps en forme d’amphore, encore enfant, mais bientôt femme, qui venait de m’émouvoir au plus profond de mon être.

Une heure plus tard, nous avions rejoint nos parents réciproques. Depuis le haut de notre promontoire, nous avions une vue sur toute la vallée. La crue a été sévère et il nous faudra attendre de nombreuses semaines pour qu’elle retourne dans son lit naturel. Nous formons maintenant un énorme cortège et nous nous dirigeons vers d’autres villages épargnés par le courroux des dieux.

La vie reprend tranquillement son cours. Nous nous sommes installés dans la maison d’un parent, en briques de terre séchée, boue et branche. Constitué d’une seule pièce avec le sol enterre battu. Nous étions bien loin de notre habitat habituel. Nous dormions sur des nattes en roseau au lieu de nos lits en bois équipé d’appuie-tête en albâtre. Un véritable petit palais qui se distinguait par ses dimensions et leur riche décoration ; des couleurs vives agrémentaient les différentes salles. La montée des eaux beaucoup plus importante que les autres années va nous obliger à rester sur ce site modeste plus longtemps que prévu.

D’après mes parents ses débordements fertilisent la vallée, c’est un don des cieux et que sans cela le pays ne serait qu’un vaste désert aride. En principe durant quatre mois, le fleuve déborde et recouvre les campagnes. Les villages sont construits sur de petites hauteurs, protégés par des digues. En fin d’élévation le niveau commence à décroître et nos paysans peuvent aller semer les sols gorgés d’eau et de limon. En se retirant, le liquide a rendu la terre très fertile grâce à la dépose de roches réduites à l’état de sable très fin.

L’année était divisée en trois parties : l’inondation, la plantation et la récolte. La hauteur des crues est surveillée par les scribes et selon leurs importances, elle sert de base de calcul pour estimer le montant de l’impôt qui sera payé à pharaon.

Nous avons réintégré nos maisons de la rive du Nil tout de suite après la saison chaude et j’ai enfin pu retrouver Athéna. Seulement quelques mois de séparation, mais qui m’ont paru une éternité. La journée de travail est terminée et je dois la rejoindre vers les marécages. Un lieu habituel ou nous avons, depuis toujours l’habitude de nous rencontrer.

Le soleil est en train de se coucher, je suis assis sur le bord d’une embarcation composée de tiges de papyrus liées entre elles, que l’on fait avancer grâce à de longues perches. Ces petites barques sont utilisées pour la navigation dans les marais. Sur le fleuve on fait usage de bateaux à voiles et à rames en évitant les bancs de sable qui changent de place d’une année à l’autre, à cause des inondations.

Elle arrive enfin, seule cette fois. Depuis mon retour ses parents s’arrangent toujours pour qu’elle ne soit jamais en tête à tête avec moi. Depuis notre escapade dans cette cavité, la nuit de la grande crue, son regard sur moi n’est plus du tout le même. Malgré tous les interdits, nos sentiments se transforment. Notre douce complicité se mue en quelque chose de beaucoup plus profond. Quand nous sommes ensemble, une aura nous entoure et nous ne faisons plus qu’un. En quelques mois, la chrysalide s’est changée en papillon.

Notre climat chaud permet le port en toute saison de vêtements légers, le lin que nous produisons est très utilisé. Ce soir Athéna est vêtue d’une tunique à bretelles très moulantes, nouées directement sous sa poitrine avec le sein gauche apparent, signe d’appartenance à un homme. Sa façon à elle de me faire comprendre, l’attirance qu’elle a pour moi.

Chapitre 2


J’ai déposé un tendre baiser sur le coin de ses lèvres, et l’ai aidé à grimper sur l’embarcation. Nous avons pris la direction des marais en empruntant les canaux avec pour objectif la surveillance des vaches en train de paître dans les marécages. Les veaux sont souvent convoités par les crocodiles dissimulés au fond de l’eau. Un autre danger est omniprésent, les hippopotames qui n’hésitent pas à renverser les barques et attaquer les occupants.

Après avoir navigué quelques brasses, juste ce qu’il nous faut pour être hors de vue, nous avons accosté dans une petite lagune envahie par des fleurs de lotus. Notre présence a fait fuir toute une faune : Oies sauvages, canards, héron… et là, à l'abri des regards, cachés par une haie de papyrus. J’ai posé mon bois de pousse, et je lui ai tendu les bras. Un cours instant après, nous étions entièrement nues, allongé dans l’embarcation. Ce soir-là, malgré l’interdit du Dieu Amon qui l’avait choisi comme adoratrice divine par la volonté de pharaon, elle est devenue mienne et nous n’avons fait plus qu’un. Plus tard dans la nuit, nous avons ramené le bateau à son point de départ et main dans la main, nous sommes rentrés heureux dans notre village. En laissant sur la paille, au fond de notre lit improvisé, la tâche sanglante du don de sa virginité, sans craindre le courroux des Cieux.

Dans les jours qui ont suivi, j’ai demandé à mon père s’il pouvait intervenir auprès des parents d’Athéna dans le but de prévoir un arrangement en vue d’un mariage après la saison des semailles.

Notre façon de nous conduire et de nous comporter au cours de nos déplacements commençait à faire parler, alors pour calmer le jeu, mon parâtre a décidé de mon installation dans un atelier de momification en tant que débutant. Ceci m’a-t-il dit en attendant la préparation de l’union qui m’était chère. Ce lieu de travail est situé dans la zone de construction de la pyramide de pharaon dans la partie aride du pays, la vallée des rois.

Deux ans plus tard, j’étais toujours immobilisé sur place sur ordre de mon père. Un matin deux soldats mandatés par les hauts dignitaires sont venus me chercher.

Dès l’ancien Empire, des tribunaux sont installés à l’entrée des temples. La justice y est rendue sans grand ménagement, les condamnations sévères. J’ai su au cours de cette audience tenue par un Notable, le but de ma présence en ces lieux. Un an auparavant, les parents d’Athéna avaient été sollicités par le grand prêtre pour la cérémonie d’intronisation comme future adoratrice du dieu Amon. À l’arrivée des envoyés du temple quelques mois plus tard, elle avait fui se cacher dans les marais. Ils l’avaient récupéré, emmenée de force et là en présence du Grand Vizir, elle a avoué les sentiments qui nous unissaient qui avaient abouti à la perte de sa virginité. Dans sa candeur, elle pensait que pharaon lui pardonnerait cette faute. Elle était fille de nobles et s’imaginait à l’abri d’éventuelles représailles.
Nous devons nous défendre nous même, face à un tribunal présidé par un haut fonctionnaire et malgré tous les arguments et supplication la sentence a été terrible. Athéna sera, en la présence de toute la population, donnée en pâture aux crocodiles sacrés, sacrifiée pour offense au dieu Amon. La peine de mort est assez rare. Elle est généralement réservée aux criminels et aux femmes adultères.

Les six juges à même le sol avec leurs dossiers à la main avaient décidé de notre sort. Les griefs retenus contre moi ont également abouti à une punition exemplaire. Mes parents en disgrâce doivent quitter la ville et seront cantonnés dans un village lointain, leurs terres et leurs biens récupérés. Mes frères et moi-même garderons nos statues de scribes et d’embaumeurs uniquement au service du roi, sans salaire ni les avantages liés à la charge. Ma vie cessera au moment de la mort de pharaon et je ferais partie des accompagnants " oushebti " pour son dernier et ultime voyage.

Pour l’exemple Athéna a été sacrifiée en présence de toute la noblesse de la ville. Depuis, chaque nuit, j’entends ces hurlements et ces appels de détresse. Depuis toutes ces longues années, j’essaie de trouver un moyen de me venger de tant d’injustice.

Pharaon est enfin mort, je sais que je vais le suivre dans la tombe. Sa dépouille m’a été confiée, son cadavre sera momifié par embaumement.

Après l’extraction des viscères, le corps est placé sur un plan incliné "le lit d’embaumement" il est entièrement enduit de macron (sédiment acide du Nil) et les liquides corporels s’écoulent dans un récipient pendant que la dépouille sèche.

Chaque organe interne est momifié séparément et déposé dans des canopes divins : Hapy, les poumons. Douamoutef, l’estomac. Imsety, le foie. Qebhsenouef, les intestins. Puis sont recouvert du masque du dieu qui les protège.

Après quarante jours, la couverture de macron est enlevée. Le corps est nettoyé et frotté d’huile, d’onguents, d’épices et de résine. Les cavités des yeux bouchées avec de la toile, les narines obturées avec de la cire d’abeille. Les ongles décorés d’une couche d’or. La momie est parée de bijoux et de pierres précieuses.

Au cours de la préparation, je me suis retrouvé seul dans la salle d’embaumement et c’est là que j’ai osé braver Anubis, en extrayant le cœur de pharaon. Ma vengeance s’accomplira comme je l’ai prévu depuis de si longues années. Il ne contemplera jamais l’autre monde où vivent les dieux et les déesses des morts. Le B.A ne pourra plus rejoindre le K.A, allez et venir entre le corps et l’au-delà.

Sans cette réintégration pharaon ne connaitra jamais la paix de l’âme et sera damné pour l’éternité.

Après une longue journée de travail, nous avons regagné notre lieu de repos situé juste derrière l’atelier. Au cours de la nuit, j’ai récupéré le canope contenant le cœur du roi et je l’ai dissimulé à l’intérieur d’un ancien Tombeau de pierre et de brique, principalement réservé aux Nobles.

Pour nous égyptien, les sépultures sont plus importantes que les habitations. Pendant des siècles, nos morts étaient enterrés dans des Mastabars dont certains royaux ou les chambres funéraires sont somptueusement sculptées et décorées.

Soixante-dix jours plus tard, la momification a enfin pris fin. Le cortège funèbre part en direction de la nécropole. Six jours seront nécessaires pour atteindre le tombeau du pharaon. La momie est exposée à l’entrée du palais. Toute sa famille l’entoure, vêtue de tuniques de deuil en lin bleuté. Puis les prêtres emportent le corps dans une barque déposée sur un traineau. L’estrade ornée est emmenée, accompagnée par les nobles et tirée par des bœufs peints en rouge.

Arrivée au bord du Nil, la dépouille est chargée sur une embarcation pour atteindre par la suite le quai du temple mortuaire.

Au matin du sixième jour, le catafalque porté par vizir et les hauts dignitaires du royaume est placé à l’entrée du tombeau. Le bateau est enterré à proximité de la pyramide, tout le mobilier funéraire est descendu dans une des chambres.Voilà c’est maintenant que mon existence prend fin, je suis membre des accompagnants qui partiront faire le grand voyage avec notre roi bien aimé. Après nous avoir préparés, en ayant au préalable bu la boisson céleste, nous avons été dirigés vers une autre salle ou étaient stockés, richesses, nourriture, meubles, jeux divers. Pour agrémenter la demeure éternelle et enfin commencer une nouvelle vie.

Le haut dignitaire a brisé la jarre pleine de sable, reliée à la fermeture des différentes portes de pierre qui s’abaissent lentement. La lumière baisse rapidement et mes compagnons sont toujours murés dans leurs silences. Contrairement à eux, je n’ai pas avalé le liquide donné par les prêtres. Nous sommes dans l’obscurité et j’attends. Je pressens que ma bien-aimée Athéna est déjà à mes cotés, j’entends un bruissement d’ailes .les dieux prennent possession des lieux. Hanubis ne pourra pas peser le coeur de pharaon qui sera damné pour l’éternité et son K.A ne pourra pas aller et venir entre son corps et l’autre monde.

C’est avec cette conviction en tête que je me meurs. Mon frère Ishas sait maintenant toute cette histoire que nous avons transcrite sur papyrus , en une nouvelle écriture issue du brassage des différentes ethnies composant le peuple égyptien . Nous avons ensemble quelques jours avant ce grand voyage caché ce grimoire.

Quelques lunes plus tard, au cours d’une cérémonie père a eu une vision, après mon geste sacrilège, toute notre famille serait exterminé et roderait dans les couloirs du temps sans jamais aboutir au repos éternel. Il fallait absolument découvrir un moyen, pour que les dieux nous pardonnent et permettent à Pharaon de récupérer son K.A. En implorant sa clémence, si cela est encore possible. Suite à la description des lieux, Ishas a facilement retrouvé la relique, enterrée à quelques pieds au sud du Mastabar dans la vallée des nobles. Maintenant le plus difficile était de trouver une idée pour la mettre à la disposition d’Hanubis. Impossible de la positionner à côté du sarcophage, une fois fermé le sanctuaire est inviolable et la pyramide truffée de pièges divers pour éviter les pillages.

Il ne restait plus qu’une solution, faire parvenir le cœur fossilisé par la voie divine. Encore un songe du père. Récupérer les larmes de Râ, idolâtrée depuis la nuit des temps dans le temple de Cassar, le château des dieux. Préparer par un Carrier, un canope à partir de cette matière céleste pour la déposer dans une salle funéraire facile d’accès. Le choix s’est tout particulièrement porté sur un caveau souterrain, nouveau site d’enterrement. Ces tunnels tenus secrets, situés dans le désert appelé la vallée des Rois. Les passages, les chambres et le tombeau lui-même étaient creusés profondément dans le roc et cachés à la vue.

Père connait toutes les possibilités pour accéder au temple de Cassar et dérober devenait chose possible. Le vol a eu lieu au moment ou les gardiens officiaient le culte d’Aurus. Les pierres »larmes du dieu Râ » étaient entassées dans un coffret noir encastré dans une urne en granit recouvert de plaques noirâtres très lourdes. Il a fallu un temps très long pour extraire une roche d’une taille convenable. Dans les ténèbres, elle brillait de mille feux.

Afin que le canope soit accepté par les divinités, sous les directives de mon père, le Carrier l’a sculpté en forme de scarabée. Le cœur de pharaon y a été enfermé et le couvercle serti à chaud. La dépose de ce sarcophage improvisé, a eu lieu une nuit de pleine lune, directement mise à côté de la chambre mortuaire du haut fonctionnaire. Malgré ce geste symbolique sacré, la vengeance des dieux a été terrible. Toute notre famille est décédée dans d’atroces souffrances. Devant ce mal étrange, le chef du village a entièrement fait brûler notre maison. En espérant arrêter là, cette épidémie qui avait également frappé durement une autre cellule familiale, celle d’un Carrier membre de notre communauté. Le temps passe et au-delà de toutes les mesures de sécurité prises par le grand prêtre, fausse chambre du roi, pièges divers, la pyramide fut pillée dès l’Antiquité. Les voleurs furent peut-être même des ouvriers qui travaillèrent sur le chantier de construction. Ils savaient exactement où percer une galerie pour contourner les blocs scellant le couloir ascendant.

Nombre de ces pilleurs ont trouvé la mort au cours de ses excursions dans ces véritables labyrinthes. Des écrits datant de l’an 970 relatent la découverte d’une ouverture au bas de l’édifice. Un quartier de la ville du Caire en cours de construction aurait été élaboré avec des roches de revêtement pyramidales, ils découvrirent en s’engageant profondément dans la pyramide, une brèche en hauteur dans le mur d’un long passage. Après avoir rampé dans les couches de fientes de chauve-souris, ils arrivèrent dans la première pièce de décharge située au-dessus de la chambre funéraire. Et c’est en explorant la partie supérieure d’une anfractuosité, qu’ils trouvèrent, un autre petit tunnel en pente raide qui aboutissait au bord d’un puits. Dans le fond gisait une multitude de squelettes, ainsi que différents objets probablement prélevés dans l’enceinte, au cours de leur dernier voyage. Ils relatent également la découverte d’un autre conduit. Complètement obturé avec de la pierraille et d’après leur récit, ils auraient mis à jour après quelques journées de labeur, une porte qui donnait sur un tombeau dont le couvercle était cassé en deux morceaux. Sûrement l’œuvre d’ancien pillard.

En enlevant ces débris, ils purent constater la présence du sarcophage et c’est en voulant le déplacer, qu’ils ont déclenché un mécanisme de fermeture de la voie par laquelle ils avaient pénétré dans ce sanctuaire. Un ensemble monumental rocheux commençait sa descente, ils ont eu juste le temps de faire demi- -tour avant d’entendre un claquement sec. Au cours de cette débandade dans le tunnel pour remonter le plus vite possible à la surface, un second piège les attendait. La fameuse pierre avait également fermé de manière définitive le conduit. Uniquement deux pillards avaient pu passer assez rapidement pour échapper à ce piège mortel.

L’histoire relatée s’arrête là, sans spécifier ce que sont devenues les autres personnes emprisonnées.

Chapitre 3


Vers l’an 1800, un général français Bonaparte entreprend, en Égypte une grande expédition militaire et scientifique, accompagné par des membres illustres de l’institut du pays gouverné depuis 1805 par un jeune officier albanais Muhammad Ali.

Suite à des fouilles près d’Alexandrie, ils mettent à jours une stèle en basalte, la pierre de Rosette. On peut y lire trois écritures différentes : celle de l’hiéroglyphe sacré des Égyptiens, la démotique utilisée de manière populaire et enfin en Grec. Cette dernière est traduite rapidement, les deux autres malheureusement sont intraduisibles.

L’année 1860, une jeune famille française s’installe dans le royaume de haute Égypte dans la ville de Siwah. Le gouvernement du pays offre à tous les migrants le double de la surface qu’ils achèteront sous réserve de cultiver du coton et d’employer de la main-d'œuvre locale. En France le père de son épouse est propriétaire d’une fabrique de lampe à huile, grosse consommatrice de mèche en fibre naturelle de cellulose. D’où la possibilité d’alimenter à la fois sa propre usine et la presque totalité des comptoirs français.

Quelques années plus tard fortune faite, ils s’intéressent maintenant à l’Égyptologie, cautionnent et participent également à des fouilles.

Pendant plus de trente ans, ils collectionneront diverses pièces archéologiques. Leur plus belle trouvaille a eu lieu l’année 1885, lors de la découverte d’un tombeau appelé hypogée. Pour la sécurité de leurs trésors funéraires et de leurs momies, les pharaons de la XVIIe dynastie renoncent au monument trop voyant comme sont les pyramides ou mastabas, trop souvent pillés, au profit de cavernes.

A l’ouest du Nil, juste en face de Thèbes dans une gorge très profonde. Vient d’être mise à jour la tombe d’un noble. Un palais souterrain creusé dans la roche calcaire de plus de deux cents mètres de long. Constitué d’un couloir qui descend et qui mène à plusieurs antichambres qui précèdent la chambre mortuaire où repose la dépouille. Dans les salles annexes, ils vont découvrir un authentique trésor et des objets personnels.

Sur les murs on peut admirer de véritables chefs-d'œuvre de la peinture de l’époque. À chaque nouvelle découverte, notre couple avec la permission du responsable de l’expédition avait droit au prélèvement de quelques pièces. Leurs choix se sont portés sur un petit coffre en albâtre noir et un instrument de musique appelé sistre. C’était l’attribut de la déesse Hathnor divine adoratrice d’Amon.

Le boitier était impossible à ouvrir et surtout très lourd. Il sera confié plus tard à un spécialiste de leur connaissance qui officie dans un souk du Caire.

Depuis maintenant quelques années, ils se sont fait construire une grande bâtisse à l’intérieur de la Médima située dans un quartier populaire du Caire. Elle s’assemble derrière les remparts avec d’autres habitations, un interminable enchevêtrement le long des ruelles. Dans l’ombre de ces murs peu ouverts au monde extérieur se dissimulent des appartements disposés autour d’un jardin intérieur équipé d’un bassin d’ablution. Un paradis terrestre éclairé par le ciel, en comparaison du climat, chaud et lourd du désert.

Hormis quelques signes, rien ne distingue extérieurement cette demeure. Pourtant, le sous-sol est aménagé comme un véritable petit musée.

A deux pas de là, commence le souk ou s’étalent des objets innombrables parmi les merveilles de l’artisanat traditionnel. Des étoffes, des peaussiers, des tapis, des bijoux et même la vente d’antiquité prélevée au cours des ans dans les sépultures, pyramide et autres, suite à des vols sur les chantiers archéologiques de la vallée des rois.

Amide et ses deux cousins occupent un local dans le secteur des ferblantiers. C’est à lui que Monsieur Berton le Français a confié quelques reliques à remettre en état avec également un coffret en pierre qui ne s’ouvre plus, probablement bloqué par du sable.

Après une longue journée de travail et la prière du soir faite, tout le monde s’est retiré dans leur chambre respective. Amide le coffre sous le bras est monté à l’étage, il le dépose sur la table et commence à l’ausculter. Il est entièrement couvert d’inscription très ancienne, les dessins sont de type égyptien, on retrouve en arabe certaines caractéristiques de cette écriture. Les consommes sont notées, mais pas toutes les voyelles, -i et –k sont identique. On trouve aussi sur une face des idéogrammes qui représentent des idées. Ainsi, le disque solaire gravé (cercle avec un point ) évoque le mot soleil.

Après avoir dépoussiéré au maximum ce qui parait être le dessus de la boite, sur laquelle devrait être le dispositif d’ouverture. Une cartouche apparait en relief, sûrement royal. En appuyant sur son centre, le motif tourne sur lui-même et devant ses yeux incrédules, le couvercle pivote doucement puis s’ouvre.

A l’intérieur deux oushebti en faïence, des serviteurs miniatures censés servir les morts dans l’au-delà. En dessous une pile de papyrus funéraire non lisible entassée sur une plaque en quartzite gravé et qui semble éclairé par le dessous. Avec la lame d’une dague, il commence à la soulever et là sous son regard émerveillé une lumière aveuglante envahit la pièce. Un scarabée en pierre repose sur le fond. Un canope égyptien ! En principe ce type d’objet reste toujours avec le sarcophage sous réserve de malédiction. Tant de légendes circulent sur les punitions atroces qu’affligent les dieux anciens à ceux qui osent transgresser ces interdits. On raconte que des expéditions entières ont été décimées par des accidents ou des maladies étranges, pour avoir bravé ces croyances.

Les esprits des morts qui n’ont pas reçu de sépulture peuvent venir persécuter les vivants et même prendre possession de leur corps. Sur la plaquette de quartzite apparait des gravures maintenant fortement éclairées par ce halo lumineux, au fur et à mesure de leurs descriptions Amide semble complètement affolé et c’est à ce moment-là que des hurlements retentissent dans toute la maison.

Il referme instantanément la boîte en ayant au préalable remis à l’intérieur la totalité des composants. Sans même se retourner, il enjambe le bord de la fenêtre, court sur les toits et disparait dans la nuit.

Le lendemain le français est revenu récupérer son bien et il a eu la surprise de trouver le quartier en émoi. Un local du souk a été complètement dévasté et ses deux occupants égorgés.

Le patron de l’échoppe est en ce moment même en cours d’interrogatoire dans les bureaux des officiers publics. Grâce à ses relations culturelles au ministère des armées, monsieur Betton a pu avoir accès au compte rendu de l’incident et reprendre ses effets.

Non seulement les deux coussins ont été assassinés, leurs têtes pratiquement arrachées avec les yeux grands ouverts qui indiquaient une peur affreuse. La totalité de la maison est dévastée, les meubles broyés.

Quelques semaines après les faits, Amide à commencer à se sentir très mal, ses cheveux tombaient par touffe, sa peau craquelée suppurait de partout. Il est mort dans d’atroces souffrances en implorant le pardon de son dieu. Pendant la durée de son agonie, il a tenu des propos incohérents, des puissances surnaturelles, des esprits des morts, d’une amulette et surtout de l’œil d’Horus gravé sur une plaque. Il répétait sans arrêt « le rituel magique, ne pas ouvrir la voie ».

Toute la ville est sous le choc de cet événement, et pendant un temps dès que la nuit tombait, les gens se calfeutraient dans leur masure jusqu’à la première lueur de l’aube.

Une semaine plus tard, en plein milieu de l’après-midi. Monsieur Betton, choisit avec l’aide de l’attaché culturel en visite chez lui, de travailler sur la description de certains Papyrus. Il décide donc de descendre dans le sous-sol, reprendre quelques spécimens. Arrivé sur place, son regard est attiré par le coffret noir gravé. La cartouche du dessus est inclinée sur le côté et à sa grande surprise, en appuyant simplement le doigt sur le centre, le couvercle bascule. Il récupère alors délicatement les feuillets et les petites statuettes qui sont à l’intérieur. Le boitier est fortement éclairé par les rayons du soleil qui passent par le haut d’une ouverture qui donne sur la rue. Il rejoint ensuite son collègue en laissant le coffre ouvert d’où s’échappe déjà une étrange lumière dorée.

Pendant toute la fin de la journée, ils vont essayer de déchiffrer ces rouleaux qui sont probablement des livres des morts. Hélas les connaissances actuelles ne permettent pas de lire de manière correcte ce style d’écriture qui semble apparenté au langage démotique comme on en trouve sur les ostraca. Quelques signes sont quand même traduisibles, il y est question d’Horus, de malédiction, de B.A, de per-djet »le domaine perpétuel », d’un rituel magique inscrit sur une statuette de prisonnier pour l’empêcher de nuire.

Effectivement, un nom est gravé sur une des deux petites sculptures celui de « Akhnaton » à la lecture du sceau du pharaon, le représentant du ministère demande à monsieur Betton de lui remettre immédiatement ces papyrus qui sont propriété de l’état égyptien. Le reste de la soirée s’est terminée devant un bon repas à discuter de cette trouvaille très importante qui sera envoyé le plus tôt possible au musée du Caire.

En passant par la cour intérieure pour accompagner son invité, leur attention est attirée par une musique qui semble venir de la salle de stockage. La descente d’escalier est entièrement envahie par une espèce de fumée odorante, certainement du jasmin. Au fur et à mesure de leur approche, ils entendent plus distinctement les sons qui proviennent du fond de la pièce. Dans le halo ils perçoivent l’entrée d’un temple, une allée bordée de sphinx les mène devant une porte flanquée de deux tours de pierre. Ils reconnaissent instantanément les deux obélisques de Ramsès II. Cela est impossible, depuis de nombreuses années l’un des deux se trouve en France, place de la Concorde, suite à un don du gouvernement égyptien ! Ils sont en plein cauchemar. La façade est décorée de bas-relief qui montre le pharaon en cours d’adoration des dieux. Ils arrivent maintenant à l’espace sacré qui sépare symboliquement le château divin du monde des vivants. Des prêtres sont en train de célébrer le Saint des Saints dans le siège sanctifié »le Naos ».

Ils sont vraiment là en tant que spectateurs, comme s’ils étaient devant une scène. Ils perçoivent les odeurs, la musique, les chants religieux et pourtant apparemment eux ne les voient pas. Contre toute logique, il leur faut admettre qu’ils sont à ce moment précis dans le passé !

Ils sont complètement ahuris par ce qu’ils contemplent. À un moment donné, des gardes sont rentrés dans la salle au moment ou Monsieur Betton a levé le bras pour essayer de toucher une colonne pour être sûr de ne pas rêver. Instantanément un des prêtres a regardé de leur côté. L’attaché a simplement dit de ne pas avoir peur, « ils ne peuvent pas nous apercevoir ! » c’est à ce moment-là qu’il a senti une main se déposer sur son épaule, suivi d’un hurlement. Il a tourné la tête et vu cette momie avec les yeux vides, qui les a propulsé tous les deux à l’autre bout de la pièce. La terreur leur a vraiment donné des ailes, d’un coup la musique s’est interrompue et ils ont de nouveau été pris dans un épais brouillard.

L’escalier du sous-sol est seulement à quelques mètres, qu’ils ont rapidement franchis. Arrivée sur le palier, l’attention de Monsieur Betton s’est portée sur le petit coffre noir duquel sortait une lumière très forte. Il l’a immédiatement fermé. La momie qui était à leurs trousses, s’est littéralement jetée sur lui et a commencé à serrer fortement son cou. À ce moment précis, une déflagration a retenti et elle a relâché son étreinte. Madame Betton attirée par le bruit engendré par les cris, est descendu armée d’un révolver d’ordonnance et a fait feu, presque à bout touchant sur l’arrière du crâne. À cet instant tout est redevenu normal dans le sous-sol, plus de fumée, plus rien.

Ils étaient de nouveau, seule trois en train de se demander s’ils n’avaient pas fait un mauvais rêve. Si ce n’est que l’attaché avait maintenant malgré sa petite trentaine d’années, les cheveux complètements blanc et le regard vide de toutes émotions.

En 1917, l’Italien Giovanni Caviglia découvrit la salle inachevée inférieure de la pyramide du pharaon Akhneton, ce qui se révéla être une fausse pièce, dans laquelle était dissimulé, sous le tombeau, une troisième galerie. Elle donnait accès au passage descendant des deux mystérieux conduits de la chambre du roi.

Moins d’un an plus tard, un autre de ses contemporains a mis à jour l’entrée supérieure qu’il croyait scellée depuis des millénaires. Et eu la surprise de constater que la tombe avait été violée et le couvercle brisé ainsi que la présence à même le sol de plusieurs restes humains.

Dans le coffre mortuaire, le sarcophage est intact, mais à son grand étonnement il était vide ! Cette pièce est un leurre, destinée à tromper les futurs pilleurs. Ce qui mettra fin à ces investigations.

Il faudra attendre encore deux années pour qu’un jeune français Jean -François Champollion teste la récente découverte d’un savant anglais en l’appliquant aux écrits hiéroglyphes pour en comprendre le sens et enfin puisse déchiffrer de nombreuses inscriptions et papyrus. Une nouvelle science est née grâce à son génie : l’Égyptologie.

Chapitre 4


En 1890 notre famille française quitte définitivement l’Égypte. Le bateau qui les emmène en direction de Marseille a les soutes pleines de merveilles égyptiennes. À la suite de tous ses évènements, ils se réinstallent en France ou une magnifique propriété en cours de construction les attend, située dans le sud d’une grande ville lyonnaise, très exactement dans la petite commune de Grigny.
Une année plus tôt, ils avaient participé à l’inauguration de la tour Eiffel au Champ-de-Mars, pour l’exposition universelle de 1889. C’est au cours de cette cérémonie qu’ils avaient rencontré un célèbre architecte Monsieur Bolyrivent, qui a accepté de travailler à la réalisation d’une demeure exceptionnelle, maintenant terminée.
Ce manoir, de style normand, édifié sur des vignobles s’étendant sur une superficie de plus de deux hectares, est à l’avant-garde du progrès. Il possède un groupe électrogène à pétrole, le téléphone et de l’eau sous pression. Entouré d’un vaste parc, avec à sa périphérie une construction du même type que cette grande habitation, faisant office de maison de gardien. Au milieu de la propriété, un étang et une profusion d’arbres de diverses variétés, dont un exceptionnel le Ging-ko-Biloba. Devant l’entrée principale se trouve une fontaine de style égyptien, dont une partie de la robe de cérémonies est couverte de signes anciens spécialement demandés par le propriétaire des lieux.
Le rez-de-chaussée du manoir est composé d’un porche, un box de toilette, d’office, de la cuisine, d’un fumoir, d’un billard, d’un salon. D’une bibliothèque, d’une pièce de réception ainsi qu’une immense salle de fêtes équipée d’une magnifique cheminée avec les murs chargés d’une fresque d’histoire. Peinte à l’huile sur toile encastrée, une peinture décorative appliquée directement sur les parois. À l’extérieur une grande terrasse et une volière avec un espace grillagé.
Une vaste cave où sont stockées toutes les antiquités provenant d’Égypte, dont une partie a été cédée à un nouveau musée en cours de construction à côté du parc de la Tête d’or de Lyon.
Le premier étage est réparti en plusieurs chambres, avec une vue directement sur le parc. Les combles aménagés sont aussi une réserve de souvenirs divers. Familiales d’abord sur plusieurs générations et puis des reliques, ramenées de différentes expéditions. C’est là au milieu de tout ce capharnaüm que se trouve la boite noire, cause de tant de tourment et tant d’interrogations.
Malgré les recommandations de son épouse, Monsieur Bertton a décidé de garder cette relique et chaque soir passe un peu plus de temps, pour essayer de comprendre les faits surnaturels d’autrefois. En espérant surtout décrypter les différents papyrus.
À chaque fois, la procédure est la même. Il ouvre la cassette, récupère les manuscrits et referme rapidement. Une chose est certaine la lueur aveuglante n’existe plus, peut être parce que nous sommes loin de l’Égypte et de ces envoûtements.
En liaison avec le responsable du muséum des États-Unis, quelques bribes ont déjà été déchiffrées et au fur et à mesure de l’avancement de ces travaux. Il est maintenant convaincu du pouvoir extraordinaire de ce coffre et il décide de le cacher de manière définitive afin qu’il ne puisse plus nuire à personne.
Dans les mois qui ont suivi, sa santé c’est brutalement détérioré et malgré des soins spécifique par les plus grands spécialistes. Dans les derniers temps, ses cheveux et ses ongles tombaient, sa peau partait en lambeaux sans que rien ne puisse diminuer sa douleur.
Au décès de son épouse, le frère héritier du domaine dut le vendre pour payer ces dettes. Ce fut la famille Bonnard qui se rendit acquéreur et par la suite ils en firent un hôtel-restaurant. Après avoir été parcellé, le Manoir a été mis en vente et c’est finalement la commune de Grigny qui devint propriétaire en 1978.
Depuis beaucoup d’amélioration a été faite. La demeure maintenue en excellent état avec une réfection complète du premier étage, subdivisé en plusieurs appartements réservés pour différentes affectations. De temps en temps ils sont occupés gracieusement pour loger les Auteurs en mal d’aspiration. C’est vrai que ce cadre magnifique et ce parc, qui est certainement un des plus beaux de la région sont propice à la création.

Nous sommes en 1910, une équipe d’archéologue est persuadée qu’il est possible de retrouver un hypogée, non pillé dans la vallée des rois.

Pendant plus de trois ans, les fouilles sous l’autorité d’un descendant de Muhammad, Fouad Roi d’Égypte, ne donnent aucun résultat. Pourtant d’après des restes de matériels d’embaumement et des pots au nom d’Akhnaton dans une fosse, ils sont certains qu’ils ont servi à sa momification, et que le tombeau est tout proche.
Enfin, après encore quelques mois de recherche, les ouvriers découvrent un escalier composé de douze marches. Elles mènent à une ouverture obstruée par des gravats. Vingt-quatre heures plus tard, elle est dégagée. En son centre la cartouche du roi est gravée dans la pierre.
Ce lieu est situé à environ cinq cents mètres de la Pyramide d’Akhnaton et semble l’entrée secrète de l’inhumation du pharaon tant recherché.
Après le déblaiement, un couloir de quinze mètres de long aboutit à une seconde porte scellée. À l’aide d’une pioche, un trou est pratiqué, une torche est glissée et éclaire maintenant des merveilles archéologiques.
L’extraction des éléments du tombeau durera de longs mois, traités chimiquement pour assurer leurs conservations, puis envoyés par bateau au Caire. À l’ouverture du sarcophage, trois cercueils apparurent emboités l’un dans l’autre.
Le dernier en or massif pesait plus de deux cents kilogrammes. Cent cinquante objets, bijoux, armes et amulettes, avaient été placés sur la dépouille royale. Malheureusement, la momie avait été rongée par les huiles qui devaient pourtant la protéger des effets du temps.
La pièce attenante était remplie de meubles qui devaient l’accompagner dans son voyage vers l’au-delà. De l’or et des pierres précieuses avaient été utilisés pour décorer tous ces éléments. L’ivoire, l’albâtre, et l’ébène étaient aussi répandus à profusion. Lits, fauteuils, lampes, chars, tout le mobilier possible et imaginable sont là. Autant de témoignages de luxe et de raffinement.
La momie qui avait été envoyée au Caire fut dénudée de ses bandelettes et à partir de ce jour, elle commença à se dégrader très rapidement. Exposés dans le musée en milieu particulièrement humide, de petits champignons ont proliféré, notamment dans le dos en contact avec le fond du cercueil.
Dans les années 70, elle fut transférée à Paris par le gouvernement égyptien via la base militaire du Bourget. Pour subir plusieurs examens qui ont mis en évidence au microscope la présence de végétal cryptogame.
Le passage en radiologie a décelé une ogive métallique dans le bas du crâne et c’est là qu’après avoir enlevé complètement les bandelettes qui le recouvraient, qu’un trou est apparu.
À l’aide d’une pince chirurgicale, un morceau de métal a été extrait. Les spécialistes sont formels, même si cela dépasse l’entendement. Il s’agit d’un projectile provenant d’un révolver. Pourtant, les bandes collées sur sa tête depuis des centaines d’années, étaient en bon état.
C’est vraiment une énigme qui restera pour le moment secret militaire.
La radiographie a également permis d'identifier les matières utilisées par les embaumeurs pour combler l’abdomen et le crâne : de la résine et du lin. La dépouille sera entièrement soumise à une irradiation aux rayons gamma, pour la désinfecter et la stériliser. Les bandelettes utilisables seront remises sur le corps.
Le sarcophage et la momie seront momentanément entreposés dans le sous-sol du service, en attendant d’avoir d’autres résultats d’analyses.
Pendant l’année 2008, suite à de violents orages répétitifs, la Seine déborde et tous les locaux sont immergés par les eaux. Le préfet décide de dispatcher tous les archives et objets divers dans les différents entrepôts Nationaux. Et c’est ainsi qu’un ensemble archéologique se retrouve dans les sous bassement du musée Guillemet de Lyon. Dont le sarcophage du pharaon Akhnaton stérilisé et recouvert d’une vitrine étanche.
Commune de Grigny, nous sommes en 2009. Je suis Auteur, enfin j’essaie de l’être et je dois reconnaitre que j’aime ça. Écrire est une chose, mais oser se faire lire et juger par ses contemporains n’est pas toujours facile. J’en suis maintenant à mon cinquième roman, dont deux sont parus par épisodes sur internet. J’ai déposé les trois autres chez des éditeurs, qui après les avoir évalué en comité de lecture, m’ont proposé contrat à l’appui de les éditer. Le problème, c’est que j’ai un gros doute, je ne sais pas si ce sont mes écrits ou mon argent qui les intéressent. Les frais de jaquette demandés, soit la somme d’environ 2500 à 3000 euros, selon le nombre de pages du manuscrit ont rapidement mis fin à mon enthousiasme. Pour le moment avant de prendre le risque d’engager de telles sommes, J’ai décidé de tester mes ouvrages sur la toile.
Mon premier essai semble avoir été relativement apprécié, j’ai même eu droit à un article très gentil sur le journal Le Progrès. Le second que je viens de terminer est, je crois en cours d’appréciation.
Une association, Les Amis du Vieux Grigny ont bien voulu être le site porteur de mes écrits et c’est en participant, en tant que membre à une réunion annuelle que toute cette aventure extraordinaire a débuté.
Nous sommes une vingtaine de personnes dans la salle, le président nous fait un compte rendu de l’année écoulée et de certaines prévisions pour l’année en cours. Un de ses sujets traite d’une recherche sur tous les élus de Grigny et les maires en générale. Pour ce faire aidé dans cette tâche, un spécialiste détaché par la maison du Rhône est présent ce soir avec nous, il commence à nous faire un exposé sur l’historique de la commune de Grigny. Il a un talent d’orateur exceptionnel, et nous transporte aisément quelques centaines d’années en arrière. Au cours de ses histoires, il aborde le sujet des légendes, comme il en existe dans chaque village. Nous raconte les souterrains qui relient différents châteaux et monuments (à découvrir dans le premier roman la loi du Talion). Nous parles également de la pierre maudite en nous affirmant avoir lu un écrit du début du XXe siècle, notarié pour être plus précis qui stipule la présence d’un objet maléfique, dont on aurait perdu la trace.
Voilà, il suffit parfois de peu de chose pour exciter ma curiosité. Instantanément j’ai voulu en savoir plus, en espérant avoir là un bon sujet pour l’élaboration d’un nouveau manuscrit. J’ai recontacté cet historien avec l’espoir qu’il accepterait de me donner un peu plus d’explication sur cette histoire. Malheureusement me dit t’il, cela remonte à si longtemps. Une époque ou j’ai élaboré des dizaines de recherches sur différents thèmes historiques, que je suis incapable aujourd’hui de me rappeler chez quel Clerc de Notaire ni sur quel document, j’ai lu cet écrit. Après m’avoir fait la promesse d’essayer de se souvenir, auquel cas il me le ferait savoir.
Les meilleurs moments dans l’écriture d’une nouvelle histoire, c’est la préparation d’un canevas qui démarre par une véritable enquête sur le sujet et là je débute mes investigations avec vraiment pas grand-chose. Comme d’habitude quand je suis face à ce genre de situation, je sors une feuille blanche sur laquelle je notifie tout ce qui ne passe par la tête et après, je fais le trie en écartant les mauvaises idées.
D'abord, vérifier dans tous les dossiers des Amis du vieux Grigny, s’il n’y a pas trace de cette légende. Contacter la mairie, l’adjoint qui s’occupe du patrimoine de la commune. Interroger les associations diverses : club du bel âge, amicales personnes âgées, etc.

Deux semaines plus tard, je n’avais pas beaucoup avancé. J’en étais arrivé à arrêter des habitants dans les rues du village pour les questionner sur cette histoire de pierre maudite avec à chaque fois la même réponse négative, qui allait finir bientôt par me décourager dans mon enquête.
À force de creuser, j’ai enfin été contacté par une grignerote, une certaine Yvonne qui avait entendu parler de mes recherches et qui avait peut-être des informations à ne donner. Nous nous sommes donné rendez-vous à la maison Hosotte dès le lendemain à 14H.
La nuit a été longue, avec toutes ces interrogations. J’ai peu dormi et il me tardait d’en savoir plus. Il a fallu attendre jusqu’à 16h pour la voir arriver. Ancienne infirmière maintenant à la retraite, qui une fois installée devant une tasse de café m’a raconté sa petite histoire. Elle se souvenait avoir au cours d’une discussion avec une jeune fille d’approximativement son âge, quinze ans à l’époque. Ce qui ne date pas d’hier, parce que cette conversation se passait l’année 1944, une nuit du mois d’août pour être plus précis. Elle se rappelait très bien de son départ précipité sur les hauts des vignobles, suite au bombardement américain qui avait eu lieu ce soir-là et qui avait fait de nombreuses victimes sur les communes de Grigny, Badan, et Givors.

Chapitre 5


La soirée avait été longue, avant d’avoir l’autorisation de retourner au village. C’est au cours de différentes discussions qu’une jeune fille Annie Duchant, à un moment donné, nous a parlé de la villa Brasseur et de sa malédiction. Cette histoire racontée par sa mère, qui était à l’époque au service du frère du propriétaire actuel. D’après ses souvenirs il était question d’une pierre maléfique ramenée d’Égypte qui aurait été la cause d’une grave maladie mentale ayant abouti à son décès dans les années 30 ou 40. Elle n’était plus très sûre de la date, mais se souvenait très bien de ce fait mainte fois décrit.
Elle était logée dans les combles de la villa, dans une petite pièce de bonne ou plutôt une alcôve très mal agencée. La nuit elle entendait les aller-retour incessant du maitre des lieux entre le sous-sol et le grenier. Il passait pratiquement toute sa journée dans son bureau accolé à la volière. À plusieurs reprises, elle l’avait vu disparaitre à l’intérieur du grillage et ne réapparaitre que plusieurs heures plus tard. Il dialoguait tout seul ou s’adressait à des personnes imaginaires, parlait continuellement d’une pierre maudite. IL a été retrouvé un matin, sans vie, étalé à côté de la fontaine du parc. Son épouse est, elle aussi décédé peut de temps après.
Voilà ses touts ce qu’elle pouvait nous dire sur cette histoire. Après l’avoir remercié pour toutes ces informations, elle est repartie dans sa maison de retraite L’éolienne ou elle est résidente depuis de nombreuses années.
J’avais maintenant quelques indices pour mener à bien mes investigations. Une chose était certaine la légende de la pierre maudite n’était pas une fable. Dès demain, je démarrerais ma petite enquête de voisinage.
Puisque cette histoire prend sa source dans le cadre de la villa Brasseur appelée à présent le Manoir. Je vais commencer par accomplir une visite poussée de la propriété, savoir quelle sorte de travaux ont été, fais modifications et autres, depuis l’achat effectué par la commune.
Tôt dans la matinée, j’étais à pied d’œuvre. J’ai fait le tour de la maison plan en main que j’avais au préalablement emprunté dans les archives des Amis du vieux Grigny. En apparence peu de choses extérieures ont changé. En revanche, la volière et son grillage ont disparu, le sol a été cimenté et un pan de mur abattu.
Pour ce qui est de la visite intérieure, j’ai déjà ma petite idée, qui est tout simplement de demander l’autorisation de photographier les lieux à un élu de la commune. Ceci pour m’aider à la réalisation d’un manuscrit.
Mon attention s’est tout particulièrement portée sur la fontaine, puisque d’après l’histoire racontée par Madame Duchant, c’est à proximité de cette source d’eau qu’a été retrouvé le corps de Monsieur Betton. À première vue elle est en parfait état, si ce n’est qu’il semble qu’il manque quelque chose dans la prolongation de ces bras relevés vers le ciel, un peu comme une offrande.
Par la suite, j’ai pu avoir accès au compte rendu de sa réfection qui datait de 1982. Ces travaux ont été exécutés suite à l’initiative d’un élu de la commune, aidé par les services techniques. Le rapport stipule que la fontaine n’était déjà plus en place avec des morceaux épars et en piteux état. Le socle qui à l’origine était orné de huit éléments, qui représentaient des têtes d’allure égyptienne, au travers desquelles le liquide jaillissait, était entièrement brisé et qu’une seule sculpture avait échappé au vandalisme. Un établissement de fonderie de la région de Lyon s’est occupé de la remise en état en liaison avec différents intervenants pour la réfection du système d’écoulement des eaux. Ayant maintenant les noms et adresses de toutes les entreprises qui ont participé à tous ces travaux. J’ai l’espoir de retrouver peut-être d’autres indices qui me permettront d’évoluer dans ma quête de renseignement.
Quinze jours plus tard, après avoir rendu visite et questionné un maximum de personnes je n’étais pas plus avancé. J’ai donc décidé de prendre rendez-vous avec Monsieur le Maire pour obtenir si cela était possible de me loger dans un des appartements qui sont en principe mis à disposition de certains auteurs. Je ne suis pas à proprement parlé un professionnel de l’écriture, mais j’espère qu’il acceptera ma requête puisque la finalité est d’écrire un manuscrit qui a pour sujet une légende de notre commune. Qui devrait, si j’arrive à éclaircir ce mystère, paraitre comme mes deux autres romans sur le site des Amis du vieux Grigny.
Huit jours après, j’avais un jeu de clé du Manoir avec la permission d’occuper les lieux pendant environ deux semaines.
C’est une bâtisse absolument magnifique dont une partie est en location. J’ai commencé par visiter la salle de réunion dont les murs sont tapissés et peints sur toile marouflée, avec sur une des parois une vaste cheminée en bois entièrement sculptée. Le plafond a lui aussi un décor lumineux.
En principe il devrait y avoir d’après le plan, une ouverture donnant directement dans la volière. Malheureusement, il n’y a rien d’apparent. La visite des autres pièces ne m’apporte rien de nouveau. Dans le porche se situent deux portes, une s’ouvre sur des marches qui desservent l’étage et l’autre qui descend au sous-sol. Tout est propre, bien rangé vraiment rien d’intéressant. Je remonte et me dirige maintenant vers l’escalier qui aboutit au logement qui m’a été attribué. Sur le palier se trouve l’entrée de trois appartements et une ouverture qui donne sur une plate-forme qui monte probablement jusqu’au grenier.
J’ai fait le tour de toute la demeure et je dois reconnaitre que je n’ai fait aucune découverte particulière, malgré que j’ai passé au crible chaque pièce. Après trois jours de recherche je suis maintenant certain que si je dois découvrir quelque chose, cela me pourra être qu’à l’extérieur. Dans le parc ou dans la maisonnette du gardien, dont la construction date de la même période que celle du manoir.
Au cours de la troisième nuit, j’ai repensé à la volière qui n’avait plus son grillage d’origine, un fait que je creuserai demain matin en me rendant dans les locaux où sont stockées les archives de la maison Hosotte.
La journée a été positive, avec la découverte de deux documents. Le premier, une lettre du Musée Guimet de Lyon datant de 1983, qui donne suite à une question relative aux gravures situées sur le pan de la robe de la statue de la fontaine. L’écrit est accompagné de la réponse suivante : le personnage n’est pas une divinité égyptienne, c’est une simple reproduction traitée dans ce style, tout cela ayant un air plus ou moins égyptien. Mais il ne s’agit que d’apparence et les inscriptions, dont certaines, sont plutôt fantaisistes.
Le deuxième qui lui date de 1985 qui émane de l’institut de l’histoire de l’art, du centre national de la recherche scientifique pour être plus précis. Qui spécifie que ce serait une erreur de démolir la volière dans le but de conserver ce qui mérite de l’être pour témoigner plus tard de la finesse de civilisation qui s’en va à grands pas. Apparemment la municipalité n’a pas tenu compte de ses recommandations et a fait désassembler la plus grande partie de cet ouvrage, par un organisme spécialisé. Et c’est là que cela devient intéressant, ce même document stipule le lieu où sont stockés les matériaux jadis enlevés.
L’adresse indiquée, est un local situé à Lyon 17 rue d’Austerlitz, il y a même un numéro de téléphone. J’ai appelé depuis le bureau, et j’ai eu presque aussitôt un interlocuteur. Je lui ai expliqué que je voulais avoir accès à des éléments démontés dans une demeure « le Manoir situé sur la commune de Grigny « dont le dossier avait été traité par l’institut d’histoire de l’art. Il m’a prié de patienter quelques instants pour compulser ses données. Une réponse positive est arrivée en moins de dix minutes, effectivement tout le matériel est stocké dans le box 426 et qu’une autorisation écrite par les gestionnaires de la commune sera nécessaire.
Au début de l’après-midi, j’étais dans le local et le gardien avait en sa possession la permission demandée, que Monsieur le Maire m’avait fait préparer suite à mon appel. De chaque côté du mur, des étagères numérotées qui s’élèvent jusqu’à ras le plafond. D’après le responsable de la gestion, les matériaux du démontage, qui a eu lieu au Manoir à Grigny appelé à l’époque Les petites Gazardes, se trouveraient sur les deux derniers niveaux 426 D et E. J’ai approché l’escabeau glissant sur rail, jusqu’au rayon D. à part de nombreux montants en bois, du grillage roulé et deux récipients en forme de cuvettes, probablement des abreuvoirs pour oiseaux. Il ne semble pas y avoir grand-chose d’intéressant. Je visite à présent l’étagère B et là, j’ai la surprise de voir des morceaux de tête en bronze, qui proviennent surement de la fontaine de type égyptienne. Le téléphone s’est mis à sonner, le responsable qui était à mes côtés est descendu pour aller répondre. Il a plutôt tardé pour revenir, et j’ai voulu repositionner l’escabeau un peu plus à droite pour inspecter le fond du rayonnage. C’est en essayant par la suite de tirer un chiffon qui enrobait un objet, que je l’ai fait tomber sur le sol. Heureusement, l’enrobage a amorti sa chute et j’ai récupéré le colis. Dans les plies d’une espèce d’ouate encore un morceau de bronze, mais cette fois, cela semble être la fameuse torche tendue vers le ciel de notre fontaine disparue depuis très longtemps.
Le choc a quant même été violent, le haut de la flamme est fendu, le système de vissage qui la partage en deux parties est complètement détérioré et reste dans ma main. Mon cœur s’accélère, je viens de m’apercevoir que l’embout est creux et là dans le cylindre, il y a une espèce de cahier roulé que j’extrais immédiatement. Au fond de ce réceptacle improvisé se trouve également, un petit statut de quelques centimètres apparemment en pierre, suspendue à une chaine. Je sais que cela ne se fait pas, mais je décide momentanément de glisser ma trouvaille dans la poche intérieure de mon blouson et de remettre le colis à sa place.
A son retour le responsable m’a découvert en train d’examiner un montant en bois. Trente minutes plus tard, j’étais dans ma voiture en ayant hâte d’être de retour au Manoir pour compulser ce cahier.
Je suis terriblement excité, j’en ai les mains moites. La statuette est déposée sur la table qui sert de bureau, installé juste devant la fenêtre qui donne sur la terrasse qui surplombe le parc. Il fait encore jour, elle est absolument magnifique probablement de l’époque égyptienne. Malheureusement, je dois reconnaître que je n’ai pas une grande connaissance de cette période et je me rends compte maintenant que je vais avoir besoin d’aide qualifié pour avancer dans cette recherche.
Le cahier en assez bon état, à part quelques tâches d’humidité. D’après la reliure il date certainement du début du XXe siècle. Dès les premières pages des hiéroglyphes apparaissent avec des annotations toutes particulières ainsi que le nom de Francis Liewellyn. De courts récits garnissent des autres feuillets ou il est question de fausse porte, de puissances surnaturelles, d’amulettes, de scarabée, de l’œil d’Horus. Tout est fouillis, inscrit à la va-vite tellement incohérent que je vais plus rapidement que prévu, demander de l’aide à une de mes vieilles connaissances, Denis.
Je sais qu’il fait partie d’une association archéologique qui participe à certaines fouilles. Dernièrement il a passé des mois, un pinceau à la main, sur l’épave d’un ancien bateau, dans le secteur de Saint-Jean à Lyon. Mise à jour au moment des travaux pour les fondations d’un nouveau parking. Il doit certainement connaitre des gens qui pourraient m’aider pour le déchiffrage de ce cahier.
Sur la dernière page, une espèce de plan plutôt circulaire avec des points précis indiqués par des lettres EC-MO-TA. Ces points sont reliés entre eux et forme un triangle, une ligne plus épaisse pointillée à partir de T-a, passe par M-G. Elle s’arrête en dépassant la figure géométrique et se termine par un dessin représentant un oiseau en plein vol avec la particularité de posséder une tête d’être humain suivi de deux autres signes graphiques B.A. Je reste vraiment perplexe devant tout ça et je décide d’appeler rapidement Denis.
Moins d’une heure plus tard, après une longue discussion nous avons convenu de lui envoyer par messagerie le document entièrement scanné ainsi que plusieurs photos du texte gravé sur la robe de la fontaine et de la statuette. Afin qu’il puisse, à l’aide de ses connaissances essayer de les déchiffrer.
Je vais aussi avoir besoin d’un coup de main pour refaire correctement le tour de toute la propriété. Le mieux pour éviter les fuites possibles sur ces différentes recherches est de faire participer des personnes de confiance. Mon choix s’est porté sur mes deux petits fils Dimitri et Alexei , qui en ce moment sont en congés scolaires.
Voilà mon canevas d’intervention est fait, demain je contacte ma fille Maud pour avoir son avis et surtout son autorisation pour prendre avec nous ses deux adolescents pendant quelques semaines.
Le lendemain après-midi, nous étions tous les trois installés au Manoir. Deux ordinateurs équipés wifi, un scanner un appareil photo, et deux téléphones portables sont à disposition.
Alexei le plus studieux s’occupera du scannage et de la liaison internet, Dimitri plus sportif et énergique participera avec moi aux recherches.
Pour le moment nous concentrons notre attention sur le plan découvert dans le cahier. Deux heures plus tard, tous les documents étaient dans la boite de la messagerie de Denis. Le schéma nous a donné beaucoup de peine, mais à un moment donné nous nous sommes simplement rendus sous le porche de l’entrée situé vers la fontaine et là. Dimitri est monté sur les rochers saillants qui bordent la propriété et nous a fait la remarque suivante.
-Le dessin est presque rond, comme la circonférence du terrain qui part de la source d’eau, va jusqu’à la montée d’escalier qui même au perron de la maison et est encadré par un chemin de chaque coté. On peut donc supposer que les lettres indiquées soient représentatives en tant que point de repère pour le tracé du triangle.
Je rajoute que son raisonnement est très logique. Alexeï participe aussi à la réflexion en montant rejoindre son frère.
- Je pense qu’ils représentent tout simplement la position des grands végétaux que je vois depuis ma hauteur !
Je suis monté à leur niveau et je dois avouer qu’ils semblent avoir raison. Alexei ajoute !
- que si c’est le cas, ces lettres ont sûrement un rapport avec leurs implantations. La solution est toute proche et nous obtenons la touche finale, avec une idée également très simple, compulser les étiquettes explicatives appliquées devant chaque essence, mise en place depuis de nombreuses années.
E-C corresponds à Érable de Cappadoce, M-O à Merisier des Oiseaux, T-A à Tilleul argenté. M-G à Magnolia Gradiflora.
Maintenant cela parait évident et après avoir repéré les trois arbres, nous avons tracé sur le sol le fameux triangle. La ligne en pointillé sur le plan indiquait directement l’emplacement de l’ancienne volière. Existe-t-il un rapport entre ce dessin ailé et cette direction là, cela reste pour le moment un mystère.
L’énigme de la ligne pointillée a été résolue un peu plus tard. Les deux garçons sont venus me voir avec un petit sourire aux lèvres et l’explication suivante.
-En schéma industriel, lorsque l’on présente une coupe avec des trous intérieurs on les représente toujours avec des lignes coupées. Ce qui nous laisse supposer que la ligne indiquée sur le plan est une direction souterraine, probablement une galerie qui chemine jusqu’à l’enceinte de la volière.
Ils sont vraiment futés, je ne regrette pas de les avoir sollicités pour m’aider dans cette tâche.
Nous sommes rapidement retournés sur le tracé extérieur, en essayant de localiser le fameux point de liaison. Effectivement après quelques minutes nous avons repéré, en contre bas du bassin un escalier qui donne sur une cavité d’un coté, et sur l’étang de l’autre. Malheureusement, le fond de cette espèce d’entrée de galerie est entièrement obstrué par de la roche.
Nous avons également fait le tour de la plate-forme bétonné du sol de l’ancienne volière, rien de visible. Nous avons passé le reste de la journée à ausculter chaque recoin de la demeure, sans trouvaille particulière.

Chapitre 6


Dans la soirée, j’ai reçu un appel téléphonique, c’était Denis qui m’informait du résultat de ses premières investigations. Selon son responsable de fouille archéologique de la section française du conseil des antiquités, la base sculptée de la fontaine était une inscription bilingue mélange de texte égyptien et Méroïtique. C’est une énigme linguistique dont certains caractères sont comparables à certaines parties du texte trilingue de la pierre de Rosette. Par le biais du Web ils ont pu contacter des chercheurs anglophones, qui ont déjà acquis une certaine réputation dans le domaine scientifique et technique. Ils ne sont pas surpris de la réponse évasive faite par l’expert du Musée Guimet dans l’année 1983. À cette époque ce type d’écriture n’avait pas encore été élucidé.
Après traduction, il semble que ce soit une espèce de prière pour implorer le pardon du dieu Horus et l’indication d’une porte de lumière située dans le couloir du bain purificateur. Quant à la petite statue, il s’agit probablement d’un objet de rituels magiques. Très fréquent dans l’Égypte ancienne quand on avait peur d’être persécuté, par l’esprit le B.A d’une personne décédé bien précise, on écrivait son nom sur une statuette de prisonnier pour l’empêcher de nuire. Ce qui explique sa position dans la torche pointée vers le ciel. Une cartouche est gravée sur le bas de cette sculpture, un sceau probablement royal est en cours d’identification.
Pour le moment les écrits du cahier sont toujours à l’étude et les résultats nous seront envoyés le plus tôt possible.
Nous avons effectivement reçu par messagerie les différentes traductions des textes de la fontaine le soir même.
Le pardon du dieu Horus, à la rigueur cela semble compréhensif ! Mais l’indication d’une porte de lumière située dans le couloir purificateur nous laisse perplexes. Nous avons quant même eu une annotation de la part des spécialistes, qui nous propose comme hypothèse, que la porte de lumière pourrait signifier » fausse porte ». Représentatif d’un sas pour que le défunt puisse sortir de sa tombe, elle permet aux composantes pérennes du trépassé, c'est-à-dire le « K.A » et le « B.A » de circuler du monde des morts à celui des vivants.
Nous avons lu et relu de nombreuses fois le cahier, qui contenait des phases complètement incohérentes. Néanmoins, un chapitre a retenu tout particulièrement mon attention. Il est noté que toutes les nuits, il entendait gronder la colère Horus et au-dessus de sa tête ses bruissements d’ailes.
Toute la nuit, j’ai repensé à cette description et au matin, j’avais une petite idée pour poursuivre mon cheminement pour aboutir à une solution. Nous avons de nouveau travaillé sur le plan, d’abord le scanner, puis faire une impression sur un calque transparent, en ayant au préalable ajusté la dimension en format A4. Nous avons ensuite positionné ce calque sur un schéma du sentier botanique du parc que nous avions trouvé dans les différents éléments papier donnés par la secrétaire de Mairie. Le plan était au moment de sa découverte, plié en quatre parties. Et un des angles droits du côté gauche était taché et usé. Avec un peu d’imagination, on pouvait voir une ligne également plus épaisse en pointillé qui se perdait dans l’usure du papier. D’où l’idée de positionner ce transparent à l’échelle pour peut-être repérer cette zone, qui deviendrait visible.
La tâche translucide qui recouvre le schéma du sentier entoure un ensemble qui d’après la documentation serait une roue à Aubes, vestige des anciens circuits provenant de la propriété de l’Éolienne, qui autrefois alimentait en eau sous pression le Manoir.
Moins de dix minutes plus tard, nous étions à pied d’œuvre devant ce monument en pierre. En inspectant minutieusement sa conception, nous trouvons assez rapidement une plaque en pierre qui isole le dessus du système de pompage et donne accès à l’aire de stockage de l’eau.
Deux tuyauteries descendent vers le fond de ce cylindre qui semble taillé dans la masse, d’un diamètre d’environ quatre-vingts centimètres et d’une profondeur qui me semble très importante. Pour la tester, Alexeï a jeté une pierre dans le fond sans résultat sonore, il est vide.
J’ai envoyé Dimitri récupérer une lampe torche dans le garage. Notre villa se trouve à environ huit cents mètres. Dés son retour, j’ai essayé de voir l’intérieur de ce puits, apparemment pas grand-chose de particulier. Il me semble quand même apercevoir quelques anomalies dans la paroi, mais elles sont situées trop bas pour que je puisse correctement les voir.
Nous sommes dans un coin du parc non visible depuis les habitations extérieures, mais par sécurité nous remettons à plus tard, après la fermeture des portes, la poursuite de notre investigation. La priorité pour le moment sera la préparation du matériel nécessaire, pour descendre à l’intérieur de cette cavité.
Après un retour au garage, nous avons listé nos besoins et préparé notre expédition nocturne.
D’abord, les lampes frontales que nous utilisons d’habitude au cours de nos nuits de camping, une corde d’au moins quinze ou vingt mètres, un harnais que j’utilise d’habitude chaque fois que je monte sur le toit de la maison, les deux téléphones portables pour pouvoir communiquer en cas de problèmes et pour finir une paire de gants en cuir pour éviter le frottement en descendant.
Voilà, il est 21h et nous sommes sur place. J’ai mis le harnais, attaché la corde à l’arbre le plus proche, la lampe frontale positionnée sur ma tête et je descends progressivement en rappel. J’inspecte progressivement la quasi-totalité du puits, rien de probant. Les aspérités que j’ai cru voir ce matin ne sont rien qu’un coude d’écoulement.
Pour faciliter mon ascension, je prends appui sur le fameux coude qui cède instantanément. Heureusement, plus de peur que de mal, je peux reprendre mon équilibre sans trop de problèmes. En donnant un peu de mou à la corde, je me positionne face au trou maintenant apparent sur la paroi. Je continue à enlever quelques pierres pour dégager un peu plus le trou, extrais de ma poche la lampe torche. Le passage est maintenant assez grand pour que je puisse passer la tête, il ni a plus de doute possible, derrière la paroi se trouve une galerie qui part en direction du Manoir. Deux ou trois pierres se sont encore effritées, mais malgré cela l’orifice est encore trop petit pour me permettre de passer. Inutile d’insister, je remonte.
J’explique la situation à Dimitri qui me propose d’essayer la manœuvre et qu’une fois à l’intérieur il pourra certainement plus facilement agrandir le passage. Lui seul à la corpulence nécessaire pour pénétrer dans la galerie. Il nous faut quelques minutes pour l’équiper et lui donner quelques consignes de sécurité, je lui demande également de prendre un des deux portables pour rester en relation en cas de problèmes ainsi que la lampe. Il se débrouille plutôt bien pour effectuer la descente et en un rien de temps bascule de l’autre coté. Malgré ces efforts, il est impossible de déloger d’autres pierres. Nous communiquons maintenant par téléphone, il m’explique l’impossibilité d’agrandir le passage et me propose de visiter la galerie. Avant que je ne puisse lui répondre, il avait déjà détaché son harnais et me commentait l’état de la galerie. Tout est en pierre encastrée les unes dans les autres, probablement depuis des lustres, ça monte légèrement et j’ai déjà fait environ une vingtaine de pas. Le son de mon portable diminue, plus de liaison. Au bout d’environ cinq minutes qui m’ont semblé les plus longues de ma vie, je descends le plus rapidement possible, en me laissant glisser le long de la corde. Je passe la tête et un bras tout en appelant, rien aucune réponse.
Pour me pas perdre de temps, je remonte avec l’idée de récupéré le plus vite possible un outil, un marteau ou autres pour agrandir ce passage. Nous avons à peine fait quelques pas que la voix de Dimitri résonne à travers le portable » j’ai suivi la galerie qui à un moment donné se sépare en deux, j’ai pris la voie de droite, monté un escalier et là, je suis devant un mur dans lequel est encastré une paroi de bois ». Je lui réponds que nous allons essayer de le localiser et pour nous faciliter la tâche qu’il essaye de faire le plus de bruit possible, en tapant sur cette paroi avec une pierre si cela est réalisable.
À l’extérieur aucun bruit ne se fait entendre, c’est en arrivant sur le perron que nous commençons à percevoir des coups. Nous avons passé la porte d’entrée et là, dans le vestibule on entend très nettement les chocs sur la paroi. Dimitri »nous sommes juste devant toi, nous allons éteindre la lumière du vestibule et tu vas balayer avec la lampe tout doucement la totalité de la surface de la paroi » de notre coté le mur est équipé d’une patère en bois équipé avec cinq porte-manteau qui sont fixées sur une grande glace. Un des deux supports tient avec une espèce de quille en bois qui vient à l’instant de refléter de la lumière. « Stop Dimitri ». J’essaie de faire sortir ce système de blocage et devant l’impossibilité de l’extraire, je monte dans la chambre récupérer un couteau.
Avec cet outil, en main, je peux maintenant faire sortir, après bien des efforts la quille de bois. À ce moment-là, nous avons enfin pu faire pivoter tout l’assemblage de bois qui compose le fond du vestibule. Au premier rayon de lumière, Dimitri pousse également de son côté. En le voyant sortir, complètement couvert de poussière et de toile d’araignée nous m’arrivons pas à garder notre sérieux et nous partons dans un énorme fou rire. Il nous a fait tellement peur, que je ne peux pas me retenir de le prendre dans mes bras, en le serrant très fort. Bon, maintenant il faut en priorité, reboucher le dessus du puits pour éviter tout incident et récupérer le matériel.
Il est maintenant 23h et nous allons essayer de parcourir les galeries. Nous sommes surexcités impossibles pour nous d’attendre le lendemain pour effectuer cette expédition. Le panneau glissant du fond du vestibule est monté sur un système pivotant qu’il faut d’abord levé, puis incliné avant de le pousser pour l’ouvrir. Après l’avoir manœuvré plusieurs fois, il s’ouvre maintenant assez facilement. Passé cette entrée un escalier en bois qui a dû être élaboré au cours de la construction de la maison, il parait être de la même conception que le bloc pivotant. Pas de circuit électrique apparent, nous descendons les marches en nous éclairant avec nos lampes frontales. Environ cinq ou six mètres plus bas, nous aboutissons sur une galerie entièrement en pierre, qui elle date surement de plusieurs centaines d’années. Je pense instantanément à tous ces souterrains qui relient différents Monuments, maisons bourgeoises telle une toile d’araignée dans les sous-sols de notre commune.
C’est probablement au cours de la préparation des fondations du Manoir, que ce souterrain a été découvert et par la suite aménagé pour peut-être en faire un lieu de refuge dissimulé, à utiliser en cas de problème. Nous arrivons à la bifurcation indiquée par Dimitri, il nous faut maintenant tourner à droite. Nous avons parcouru une cinquantaine de mètres avant d’arriver à une salle au milieu de laquelle trône une grande table où sont entassés des documents et où se trouve une ancienne lampe à huile. Je la soulève pour vérifier s’il y a du liquide à l’intérieur, j’enlève la protection en verre et allume la mèche avec mon briquet.
Un halo de lumière éclaire maintenant la pièce ou apparaissent des objets merveilleux qui semblent être tous de types égyptiens. Des coffres, Amulettes, Pendentifs dont un en forme de vautour, petits meubles décorés, un ancien jeu en pierre, une Harpe. Dans un coin un peu plus reculé, sur un petit bureau, un petit coffre noir entièrement sculpté, avec un emblème sur le dessus qui ressemble étrangement à la gravure trouvée sur la statuette de prisonnier qu’Alexeï s’est mis autour du cou. À droite se trouve un cahier qui semble être le même que celui trouvé dans la torche de la fontaine. À l’intérieur sont répertoriés toutes sortes d’objets avec des schémas suivis de textes explicatifs : Amulettes en forme de pilier »djed « en faïence 634-332 av. J.-C. fausse porte d’Izi en calcaire peint vers 1963-1786 av. J.C etc..
Apparemment tout est référencé sur ce cahier. Nous avons photographié chaque élément, vingt- six exactement, il est maintenant 2h du matin et il est temps de remonter, nous poursuivrons notre inventaire demain. Il ne faut surtout rien toucher, ne rien déplacer tout doit rester en l’état. Maintenant qu’est passé le moment de l’émerveillement de cette découverte, je me sens mal à l’aise avec une impression étrange, celle d’avoir violé un sanctuaire. Je raccompagne les enfants à la maison avant de regagner mon appartement au Manoir. Au moment de repartir, Alexeï ne tend la chaine sur laquelle est suspendu le prisonnier, ne la passe autour du cou, en ajoutant que cela pourrait peut être m’aider. Je crois que l’on est tous en train de perdre le sens des réalités. Il nous reste encore une semaine pour essayer de comprendre ce qui s’est passé, il y a si longtemps.

Je me couche en arrivant, mais impossible de trouver le sommeil, dehors la pluie s’est mise à tomber. En tournant la tête du côté de la table, j’entends un bip, un message est apparu sur l’écran de l’ordinateur. Il provient du centre National de la recherche scientifique, le texte spécifie que la cartouche gravée sur la statue de prisonnier est celle d’un pharaon Akhnaton. Ce sceau royal fait de cette pièce une antiquité propriété de L’état d’Égypte avec de ce fait une très grande valeur archéologique. Il me demande également de les contacter le plus tôt possible pour prendre certaines dispositions.
Après ce message, impossible de me recoucher. Je récupère la lampe torche et dix minutes plus tard je suis de nouveau dans la galerie. Plus je me rapproche de la salle et plus je ressens cette angoisse qui comme tout à l’heure m’a perturbée. Arrivée vers le petit bureau j’allume la lampe à huile et j’entends distinctement un grognement, je balayé la pièce avec ma lampe torche sans rien voir de particulier. En me déplaçant vers le mur, j’ai l’impression que ce bruit augmente. Je colle mon oreille sur la paroi et je me rends compte que ce que je pense être des grognements est tout simplement un écoulement d’eau qui semble augmenter de plus en plus.
Je retourne m’assoir, et brusquement tout devient plus clair. Je pense à la traduction des inscriptions sur la robe de la statue de la fontaine. Le bain purificateur est peut-être tout simplement de l’eau, cette même eau que j’entends s’écouler derrière ce mur. Et ce bruissement d’ailes notifié sur le cahier s’explique aussi. Cette salle est située pratiquement juste au dessous de l’ancienne volière.
Toutes ces notes ne seraient que des fantasmes dans un cerveau perturbé ? La dernière page du cahier indique que le mort sera enfin admis au royaume d’Osiris et à la vie éternelle.
Il ajoute même une espèce de prière : salut à toi, mon père Osiris ! Je posséderai mon corps pour toujours, je ne me corromprai pas, je ne me désintègrerai pas ; j’existe je suis vivant, je suis fort, je me suis réveillé en paix. Mon corps est permanent, il ne périra pas, il ne sera pas détruit en ce pays à jamais, je suis immortel.
Il avait vraiment l’esprit malade ! Mon attention se porte maintenant sur le coffret noir, j’essaie de soulever le couvercle sans succès. J’appuie ensuite sur le sceau royal et là, enfin il bascule sur le côté. Instantanément une lumière se dégage du fond de la boîte, je récupère à l’intérieur des morceaux de papier ancien et un petit personnage de couleur bleu. Dans la précipitation, je bouscule violemment la boite qui tombe sur le sol et là, j’ai comme un éclair de lucidité, comme une voix qui résonne dans ma tête » ne pas ouvrir la porte de lumière ».

Je me précipite, ramassé par terre ce qui semble être une pierre sculptée très lourde, qui émet tous ces rayonnements, cela ressemble à un scarabée ! Je le remets à l’intérieur et ferme la boîte.
Je suis en nage, avec l’impression d’avoir couru un grand danger. Mon cœur bat très vite et je me relève difficilement. Sur le sol est restée une plaque que je prends dans la main, elle est en pierre également de couleur sombre et on voit distinctement des gravures qui s’étalent sur toute la surface.
Il est trois heures du matin, je suis très fatigué. Il me faut un temps fou pour remonter dans ma chambre après avoir refermé le sas du vestibule. À peine arrivée, je dépose la plaque noire sur la table de nuit et presque instantanément je sombre dans un profond sommeil.

Chapitre 7


Musée Guimet, la même nuit à exactement trois heures du matin, l’alarme de surveillance s’est déclenchée. Le gardien de nuit a immédiatement alerté les services de police. C’est une procédure normale suite à un incident, mis en place tout particulièrement depuis que le sous-sol du musée est devenu un lieu de stockage de pièce archéologique importante. Après un débordement de la Seine, le préfet du Rhône, environ un an plus tôt y avait ordonné le transfert de plusieurs éléments historiques. Malgré une fouille minutieuse de tous les locaux, rien ne parait avoir disparu. C’est seulement le lendemain dans l’après-midi que le personnel d’entretien a signalé que la vitre blindée et étanche qui entourait un sarcophage était brisée. Cet entourage vitré de sécurité avait été placé depuis l’année 1972. La momie contenue à l’intérieur était en très mauvais état, une irradiation au rayon gamma ayant été effectuée pour maintenir la dégradation due à la prolifération de champignon. À l’abri de l’air grâce à cette protection, les spécialistes de l’époque espéraient ralentir le processus, en attendant qu’un jour la science évolue et que l’on puisse sauvegarder de manière définitive cette relique du passé. Arrivé sur les lieux, le directeur du musée m’a pu que constater la bonne constitution des scellés, qui confirmaient que le sarcophage n’avait pas été ouvert. Dans un souci de sécurité, une mesure de radiation a été effectuée, avec un résultat négatif. Ce qui a mis un terme à cet incident.
Le Manoir onze heures du matin : Je me réveille en sursaut, Alexei et Dimitri rentrent dans la pièce, il n’est difficile de m’extraire du lit. Je ne les ai pas entendus pénétrer dans la chambre. Dix minutes plus tard après un bon café, je prends une douche. Les enfants sont déjà au travail, auscultent la plaque noire après l’avoir scanné pour envoi immédiat à l’Institut.
Un texte assez important est gravé, accompagné d’une scène qui évoque probablement un haut dignitaire, voir un pharaon, tendre les bras comme pour donner une offrande. En direction d’un disque lumineux, représentant un astre de lumière dont les rayons balayent toute la surface de cette plaque.
Je récupère le cahier et vérifie si ce dessin est référencé et expliqué. Non-rien d’approchant, Dimitri me propose d’aller chercher l’autre document dans la salle de la galerie. En attendant son retour, je téléphone au centre National de la recherche scientifique. Dés le début de la conversation, je confirmé que nous n’avons manipulé aucune pièce, que tout sera à leurs dispositions, mais que j’ai encore besoin de quelques jours pour finaliser mon enquête et avertir le Maire de ma commune. Il a accepté ce délai, en me rappelant que le personnel de son équipe était maintenant disponible jour et nuit et a profité de l’occasion pour nous féliciter pour la découverte de ce trésor archéologique.
Une heure plus tard, nous avions la traduction de la plaquette :
« O. Dieu unique ! Tu as créé la Terre selon ton désir, toi seul, avec les hommes, les troupeaux et les animaux »
Une note explicative est jointe qui stipule que le pharaon Akhnaton cherchait à imposer à l’Égypte le culte d’un symbole unique, le disque solaire rayonnant, appelé Aton. Cette divinité n’était pas nouvelle ; c’était une forme du dieu Rê adoré à Héliopolis depuis l’ancien Empire. Il veut en faire la ligne première de ses réformes, supprimer toutes les autres adorations au profit d’Aton.
La deuxième phase « Les larmes de feu de Rê »
Rê est le nom de l’astre solaire. On imaginait qu’il voyageait à travers l’espace sur deux barques : une pour le jour, la Maandjet, et une pour la nuit, la Masaket. Il plongeait le soir dans la bouche de Nout, la déesse du ciel, traversait son corps et renaissait de son sexe, chaque matin comme un nouveau soleil. Il est souvent représenté comme un scarabée, appelé Khépri, le créateur de l’univers.
Les larmes de feu restent une énigme avec peut-être un commencement d’explication. On peut supposer avec beaucoup d’imagination qu’il s’agit de comètes voir de météorite. Nous n’en avons aucune preuve à ce jour.
Dimitri n’est toujours pas remonté de la galerie. Dix minutes plus tard, très exactement à 11H 40 nous partons à sa rencontre et nous avons la surprise en arrivant à proximité de la salle d’entendre un bruit roulant, comme le son d’une vague sur une rive. Le local est envahi de brume et là bas vers le bureau le coffret est ouvert. Tout le mur à l’opposé est baigné de lumière une odeur particulière plane dans l’air. Au sol l’appareil photo est en miette !
La pièce est vide, il a disparu ! En avançant, nous percevons à travers ce brouillard une espèce de marais et deux pas plus loin, nous sommes complètement enrobés de crachin. Il commence à faire très chaud, j’estime la température à trente ou trente-cinq degrés. Nous nous trouvons maintenant au bord d’une rivière ou d’un fleuve, des roseaux énormes nous cachent la vue. Je m’aperçois avec stupeur que nous marchons dans du sable noir. L’air est saturé d’arôme, des bosquets de fleurs blanc et bleu nous entourent. Les couleurs, les odeurs me rappellent les senteurs de bouton de Lotus. De grands arbres qui ressemblent à des palmiers ratiers, dressés vers le ciel sont chargés de fruit.
Nous arrivons à une clairière, il fait jour le soleil est presque au Zénith, et devant nos yeux émerveillés apparaissent au loin des Pyramides ! Cela dépasse l’entendement. AlexeÏ sous l’effet de la surprise me prend la main. Un bateau passe à quelques encablures, plutôt une barque entièrement faite de tiges de bois attachés en fagots, sur le pont des gens s’agitent en tirant un filet. Dans l’eau toutes sortes de volatiles s’ébrouent. Cela nous parait être un véritable paradis. Pas de doute possible, il faut en convenir nous sommes en Égypte ! Probablement au bord du Nil et, à percevoir l’état des Pyramides, il y a plusieurs milliers d’années.
Malgré cette situation insensée, je pense uniquement à Dimitri, ou est t’il ? À un moment donné, nous avons croisé des bêtes en liberté et qui ne semblent pas intimidées par notre présence. Au loin, un groupe se déplace rapidement, des hommes et des femmes en pagne et sandale passent carrément devant nous, sans même nous voir. Je viens de me rendre compte à l’instant que nous sommes simplement spectateurs de ces scènes d’un lointain passé.
Au détour d’un chemin, nous l’apercevons enfin, il est immergé jusqu'à mi-cuisse. Je l’appelle, mais il ne répond pas. Arrivé au bord de la berge, je laisse Alexeï et je m’avance dans l’eau, pose mes doigts sur son épaule. À ce moment précis, le soleil disparait, il fait instantanément nuit noire et j’entends Dimitri hurlé, attention il est derrière toi !
Je me retourne rapidement et me retrouve face à une horreur, une momie complètement décharnée. Au prolongement de son bras qu’elle me tend, je perçois le scarabée lumineux, qui éclaire maintenant son crâne hideux. Elle me contourne, sans me toucher et part en direction de Dimitri. Au moment où elle arrive vers lui, je la saisis, mais elle se dégage avec une facilité déconcertante, puis recule ! Elle semble avoir peur de moi.
Le prisonnier, voilà la cause de sa frayeur ! Je porte la main sur la statuette, décroche la chaine et en interpellant Dimitri, je la lui lance. Il l’a rattrapé de justesse et se l’est mise à son tour au cou. Cette horreur momifiée parait, maintenant furieuse et avance, vers moi. Au moment où elle va me saisir, il y a autour de nous des mouvements rapides dans l’eau. Là, sous mes yeux horrifiés, un énorme saurien probablement un crocodile vient à l’instant de la prendre dans sa mâchoire, au niveau de la hanche. Elle est rapidement engloutie vers le fond et je profite de la situation pour essayer de récupérer Dimitri.
Je suis pratiquement vers lui, lorsque soudain le froid revient, la brune s’épaissit et tout disparait. Alexeï est à côté de moi et nous sommes de nouveau dans la salle, sur le mur la clarté n’est plus visible. Dimitri est toujours absent, nous retournons vers le bureau et là, sous nos yeux ébahis nous le voyons apparaitre progressivement.
Il a un grand sourire et la statue de prisonnier autour du coup. Il nous explique que lorsqu’il est descendu dans la salle pour récupérer le deuxième carnet, il s’est trouvé nez à nez avec une apparition hideuse et que par reflex, il avait actionné le flash de l’appareil photo, plusieurs fois dans sa direction. Par la suite, il a franchi un écran de brouillard et c’est retrouvé les pieds dans l’eau, qu’il s’est éloigné de la berge à la nage et qu’un bateau la récupéré. À son bord il y avait deux personnes, dont une jeune fille très belle, en ajoutant qu’elle portait une robe avec une particularité, celle d’avoir un sein complètement dénudé. L’homme un peu plus vieux qu’elle lui tenait la main et semblait en adoration devant sa beauté. Après il ne se rappelle plus, si ce n’est ce froid qui est revenu, brutalement et un nom ou un prénom qu’il a perçu comme un chant céleste « Athéna «
Et c’est à ce moment-là, de retour dans l’eau, que je vous est vu et j’ai crié pour vous avertir du danger.
Je regarde ma montre, il est très exactement 11H45 !on est vraiment en train de perdre la raison, le temps semble s’être arrêté au moment ou nous avons pénétrés dans la salle.
Je me sens de plus en plus mal, j’ai la nausée et une folle envie de vomir. Un mal de crâne terrible me submerge et j’ai maintenant des problèmes pour respirer. Les murs tournent autour de moi et je me sens tomber…
J’ai maintenant l’impression de rêver, je me peux pas parler de nombreuses personnes circulent autour de moi. Mes yeux s’ouvrent un peu plus, je suis allongé sur un lit médicalisé ! Toutes sortes d’appareils crépitent dans mes oreilles. J’ai quelque chose dans la gorge qui m’empêche de respirer et mes deux bras sont immobilisés par des sangles.
J’entends une voix qui annonce
-il se réveille!
Et très rapidement, une personne en blouse blanche commence à extraire un tube de ma bouche en m’incitant à tousser fort. Les sangles sont enlevées et là, je remarque que mes bras sont entièrement couverts de pansement. Un autre individu se présente devant moi et me pose des questions.
- Quel âge avez-vous ?
-60 ans.
Étés -vous marier ?
Oui.
Depuis combien de temps ?
38 ans.
Et je répondis ainsi par l’affirmatif à tout un tas de questions. La même voix stipule.
-Apparemment pas de lésions cérébrales ».
Enfin à moi de poser une question.
-Depuis combien de temps suis-je là ?
-Trente-six jours très exactement. Nous vous avons plongé dans un coma artificiel, afin de pouvoir vous soigner et vous éviter trop de douleur.
-Mes petites enfants vont bien ?
-Ils sont restés en traitement une douzaine de jours, quelques comprimés d’Iode pendant encore quelques semaines et ils seront sortis d’affaire. Pour vous cela risque d’être plus long, nous vous traitons depuis votre hospitalisation en urgence pour un Syndrome d’irradiation aiguë. Heureusement, il semble que la dose de rayons radiante a été délivrée lentement et de manière fractionnée, les effets ont été moindres. Les mécanismes cellulaires d’autoréparation ont eu le temps d’agir. Ce sera long, mais je pense que vous êtes maintenant hors de danger. La phase à effet de seuil qui peut entrainer un processus vital a eu lieu pendant votre coma provoqué. Il ne reste plus qu’à traiter les tissus, atteint par un dépeuplement cellulaire et une atrophie. Pour faire simple, je pense que vous serez chez vous d’ici quelques semaines, probablement d’ici deux mois au maximum. Par la suite, vos cheveux devraient repousser normalement.
Suite à ces paroles, je porte mes mains sur ma tête et je m’aperçois bien vite, qu’il me ne reste plus que quelques touffes. Le miroir que j’ai maintenant devant les yeux me renvoie l’image de mon visage très amaigri, presque anorexique. Depuis quelques jours, je commence à me sentir bien mieux et commence à me déplacer de plus en plus, sans ressentir cette grande fatigue des premiers temps.
Mon épouse ainsi que Dimitri et Alexeï peuvent enfin me rendre visite. Après les premières embrassades, les enfants me racontent tous les évènements, depuis ma perte de connaissance dans la salle souterraine du Manoir.
-Dans la panique, nous avons pris ton téléphone portable et rappelé le dernier numéro que tu avais fait. Celui du centre National de la recherche scientifique. Après leur avoir expliqué la situation, ils nous ont demandé si tu respirais bien et sur l’affirmative, nous ont conseillé de te positionner sur le côté. Ils nous ont ensuite demandé l’adresse exacte ou nous nous trouvions, en nous spécifiant de les attendre et qu’ils s’occupaient de tout.
Environ trente minutes plus tard, les secours arrivaient. Après quelques questions un diagnostic a été fait et nous avons été dirigés vers une ambulance, direction Saint-Luc.
Sur place, on nous à complètement déshabillés, passés sous une douche pendant un temps très long et pour finir nous avons été complètement tondus. L’interne en tenu spécifique nous a parlé de radiation. Par la suite nous avons été transportés dans un autre hôpital ou nous sommes restés une semaine en observation, soumis à une multitude d’analyses qui se sont avérées heureusement négatives. Le jour de la sortie, tous nos vêtements nous ont été rendus après être contrôlés par un drôle d’appareil, un Dosimètre. D’après la personne qui a effectué cette mesure d’exposition au rayonnement, tout était normal.
Lors de notre retour à la maison, en vidant les deux sacs plastiques qui contenaient nos effets, nous avons eu la surprise de retrouver l’ensemble chaine et prisonnier dans la poche de mon blouson.
Depuis le moment de l’arrivée des secours jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons jamais mentionné tous les faits particuliers et inexpliqués que nous avions vécus. Nous attendions d’avoir de tes nouvelles.
Les seules choses que nous avons expliquées, uniquement au responsable du centre, c’est le déroulement de nos investigations, jusqu’à la découverte de la galerie qui relie la salle au vestibule. Aussi étrange que cela puisse paraitre, nous n’avons plus été par la suite interrogés. La propriété » le Manoir » est resté fermé au public pratiquement quinze jours, sois disant pour des questions de sécurité.
L’infirmière arrive pour mes soins, demain j’essayerai d’avoir plus de renseignements du coté des Élus, le Maire ou un de ses adjoints.
Après le passage du médecin en fin d’après midi, j’avais enfin un peu plus de précision sur mes conditions d’hospitalisation. Je me trouvais dans un hôpital de l’armée de terre sous le couvert de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Tout le personnel dépend d’une cellule spéciale qui a été mise en place, suite à l’incident nucléaire de la catastrophe de Tchernobyl. IL semble que pour le moment, je ne sois pas libre de tous mes mouvements. Seule ma famille la plus proche est autorisée à me rendre visite.

Chapitre 8


Une semaine plus tard, j’ai la surprise de trouver à mon retour de la douche, Monsieur le Directeur du musée Guimet ainsi qu’une autre personne habillée en officier dans ma chambre. Il se présente comme étant le responsable du laboratoire de surveillance biologique de l’hôpital.
Je m’assois sur le lit et là commence un véritable interrogatoire :

Vous avez été mis en contact de manière ponctuelle avec une forte dose de rayonnement ionisant, en particulier à une radioactivité intense, probablement au moment ou vous avez ouvert un coffret égyptien. Il devait contenir une masse hautement active. D’après les mesures effectuées, il s’agit de Césium 137. Tous les objets et documents à l’intérieur étaient protégés par une plaque de pierre très riche en plomb. Ce coffret de la même composition a permis depuis des milliers d’années de maintenir cette énergie instable. La raison importante qui nous amène aujourd’hui, c’est la disparition de cette source, de très forte radioactivité qui était obligatoirement entre la plaquette et le fond de ce coffre. Avant de perdre connaissance, que c’est t’il passé ?
-Je ne sais pas, c’est comme un trou noir !
Il semble un peu déçu de ma réponse, alors le conservateur commence à me lister les trouvailles exceptionnelles faites dans la salle. Tous ces objets après avoir été décontaminé, ont été expertisés et déposés en lieux sûrs pour être par la suite, expédiés en Égypte au Musée du Caire. Ils sont leur propriété. De toute évidence, ces trésors archéologiques stockés par un ancien propriétaire du Manoir sont sortis à l’époque de manière illicite d’Égypte et il est normal qu’aujourd’hui, qu’ils retournent dans leur pays d’origine.
- J’ai là, pour vous une note de félicitation pour votre trouvaille, vous êtes reconnu comme l’inventeur, mais, compte tenu de son aspect spécifique, vous n’avez malheureusement aucun droit à faire prévaloir. Vous et vos petits enfants avez aidé à faire une découverte exceptionnelle, nous vous en remercions. Nous savons également que vous êtes auteur et si par la suite, vous écrivez un manuscrit relatant toute cette histoire, permettez-moi de signer la préface, et confirmer ainsi la réalité des faits.
Encore une dernière chose à vous dire et pas la moindre. Nos traducteurs sont arrivés à transcrire la partie lisible des différents papyrus contenus dans le coffre. Certains signes garderont leurs secrets, mais dans l’ensemble cela raconte un fragment du règne du pharaon Akhnaton, surtout de ses réformes. Il semble s’être laissé séduire par le culte d’Aton, un dieu représenté de manière symbolique par un simple disque solaire. Les prêtres ont mal perçu l’apparition de cette nouvelle religion. Akhnaton ira jusqu'à fermer les anciens temples et les persécuter. Cela parait être l’histoire de l’un d’eux et de sa famille. Une belle épopée d’amour, sur fond de sacrifice humain, assortie d’une terrible vengeance dans le monde du domaine perpétuel de l’immortalité. Malheureusement, une grande partie est trop détériorée, pour pouvoir espérer être un jour traduite. Cela restera une énigme de plus. Une chose est certaine, les dangers de ces rayonnements d’électron étaient connus, puisqu’ils utilisaient des roches riches en plomb pour les isoler de l’extérieur. Je crois que nous avons encore beaucoup à apprendre sur cette civilisation.
Deux mois plus tard, j’ai quitté l’hôpital en ayant déjà bien avancé sur le canevas de mon futur roman. Il s’intitulera la pierre maudite.
Le conservateur a tenu parole et s’est même déplacé pour me remettre son texte de présentation. J’ai profité de l’occasion, pour lui rendre la statue de prisonnier. Après des remerciements qui m’en finissent plus, Il n’annonce qu’il va faire tout son possible pour essayer de la garder au musée Guimet. D’après lui, dans les mois à venir une chaine de télévision désire lancer un nouveau concept. Déterminer les causes exactes du décès d’une momie, aider en ce sens par tous les moyens scientifiques possibles et avec la présence d’un médecin légiste réputé pour ces travaux de même type, déjà exécuté sur des cadavres très anciens.
C’est une première, le choix s’est justement porté sur le sarcophage de notre Pharaon Akhnaton dont l’emballage en verre a été détérioré dernièrement. L’institut profitera de l’occasion pour vérifier si le traitement fait au Cobalt 60, il y a quelques années a été efficace. En sus, au cours de la radiation de la dépouille, une balle logée dans son crâne aurait été découverte par les intervenants de l’époque ! Comme vous voyez, beaucoup de questions en suspendent, probablement ce qui a motivé leur décision.
Un an plus tard au musée du Louvre à Paris, dans le sous-sol, la cuve funéraire sous scellé a été disposée au centre d’un podium, fortement éclairé par des projecteurs. Les techniciens s’affairent à la préparation du tournage d’un documentaire basé sur le descriptif des funérailles égyptiennes et l’étude toute particulière de la composition d’un sarcophage. Il s’agira dans un premier temps de mieux connaitre le processus de momification de l’époque et dans un deuxième temps, déterminer en directe la cause exacte du décès. Pour ce faire, des moyens importants vont être utilisés. La police scientifique de paris, laboratoire d’analyse compris seront chargés d’évaluer l’état de ma momie.
La prise de vue débute, suivie de l’éternel »silence on tourne ». Après un rapide commentaire qui rappelle le traitement à base de rayonnement subi par cette dépouille, les deux caméras présentent se positionnent sur le centre du secteur de tournage. Deux intervenants équipés de tenue de haute sécurité à cause d’une radiation possible s’approchent. Après avoir fait sauter les scellés, ils amènent un charriot pourvu d’un système de levage. Le couvercle de la cuve funéraire se soulève lentement et au même moment retentit l’alarme du compteur Geiger installé très près du plateau. Une des caméras se pose momentanément sur le cadran qui indique une teneur en radioactivité un peu plus élevée qu’elle devrait être. Par sécurité une mesure avec un dosimètre est faite, la valeur est correcte et les manœuvres d’ouverture peuvent continuer.
Le commentateur décrit et explique au fur et à mesure de l’intervention: le sarcophage est le cercueil caractéristique du mobilier relatif aux tombes égyptiennes. Il imite la forme humaine du défunt. Sa fonction est de protéger la momie. Son décor et la richesse des matériaux utilisés sont en étroite relation avec le statut social du mort.
Des formules magiques, censées faciliter l’accès dans l’au-delà sont gravées sur les parois : on les appelle « textes des sarcophages ». Des représentations d’amulettes et des figures divines accompagnent généralement ces textes.
Trois sarcophages sont emboités les uns dans les autres. Pour assurer la survie du défunt dans les ténèbres, on dépose à ses côtés des rouleaux de papyrus, « le livre des morts », un ensemble de conseils pour réussir son immortalité.
Le premier couvercle est relevé, il est entièrement décoré avec des couleurs très vives et des dessins représentatifs de différents dieux égyptiens.
Le deuxième rabat est maintenant au sol et laisse apparaitre le dessus du troisième sarcophage. Il est magnifique, complètement recouvert d’or avec les signes royaux pharaoniques.
Au moment de la levée et du décollement du dernier rempart qui empêche encore de voir le linceul, l’alarme du compteur Geiger retentit de nouveau, une luminosité rayonnante est visible. Le personnel intervenant referme rapidement et donne l’ordre d’évacuation urgente de la salle.
L a teneur mesurée est élevé, une dose radiante très importante. À partir de cet instant, il n’est plus question de filmer la scène, le reste des investigations se fera uniquement avec les spécialistes qui suite à cet incident ont revêtu des protections de haute sécurité.
Le couvercle est de nouveau relevé et posé sur le sol. À l’intérieur du sarcophage, repose le corps embaumé ; il est enveloppé dans une pièce de toile en lin sur lequel est peint le chacal Anubis.
Il parait être en parfait état de conservation, la lueur aveuglante émane de l’intérieur du drap mortuaire. Le linceul est ôté délicatement et là apparait sous les regards admiratifs, le haut de la dépouille. D’après le rapport des années 70, elle était en phase de dégradation très importante. Le traitement au Cobalt semble avoir été très efficace.
Le reste de la momie est maintenant découvert, la lumière provient de la main gauche enserrée autour d’un objet en pierre, un scarabée ! En approchant le dosimètre, la valeur mesurée monte en flèche. L’équipe décide d’extraire cette pierre sculptée et de la déposer dans une valise imperméable à ce type de rayonnement.
Toujours d’après le rapport, elle devrait être en triste état, mais complète. Pourtant, il manque une jambe ! Elle semble avoir été sectionnée au niveau de la hanche ?
Après avoir fait tous les relevés photographiques et les prélèvements, les sarcophages sont remboités et réinstallés dans la cuve funéraire.
Pour pouvoir élaborer des hypothèses, il faut maintenant attendre le résultat des différents laboratoires.
La conclusion de toutes ces investigations a enfin vu le jour après quelques mois d’attente. Un article paru sur un document spécifique interne, qui circule en ce moment. Il émane d’un groupement de spécialistes géologiques canadiens et américains qui stipulent :
Une découverte incroyable a été faite en France dans un sarcophage, un canope funéraire radioactif renfermant un cœur fossilisé. Suite au test ADN fait sur la momie et sur l’organe, il n’y a pas de doute possible, c’est bien celui du pharaon Akhnaton.
Après regroupement de différentes informations, ce scarabée utilisé comme récipient a été évalué au carbone 14 et il daterait d’environ 13000 ans. Sa composition laisse supposer qu’il s’agit de pierre nanodiamant de forme sphérique qui se serait refroidie en apesanteur. D’où l’hypothèse de chute de météorite très fortement radioactif qui aurait eu lieu, il y a des milliers d’années. Cela semble confirmé, la découverte de Pointes de lances en matière minérale de même composition déjà découverte sur un autre site archéologique préhistorique
La partie du corps manquante, la totalité de la jambe gauche et un morceau de la hanche ont été arrachés. Des traces importantes de déchirures et de morsures, sont de toutes évidences l’œuvre d’un énorme carnassier. Pourtant, cette momie d’après un rapport d’intervention était complète, il y a une trentaine d’années !
Un autre détail plus mystérieux, est la découverte dans les années 70 d’un projectile, logé dans le crâne de notre pharaon ? Après expertise, elle provient d’une arme de poing, un révolver pour être plus précis, d’un modèle de la fin du XIX siècle !


EPILOGUE

Il y a encore beaucoup de mystère autour de l’histoire de la découverte de ce tombeau, peut être seront nous un jour capable de les éclaircir.
Une chose est certaine, c’est que l’irradiation de la dépouille principalement due à la présence de ce scarabée est spectaculaire. Les hiéroglyphes le représentant comme étant le dieu Khépi qui se lit Khepper , signifie, venir à l’existence . En se régénérant, notre pharaon n’est-il pas devenu, d’une certaine façon immortelle ? Cette importante radiation, n’aurait t’elle pas donné au défunt la possibilité de voyager dans l’autre monde, poursuivant ainsi sa souveraineté à travers les temps ?
Tout cela me laisse perplexe, mais je dois convenir qu’après avoir vécu cette aventure mystique, avec un espace-temps déterminé. Qu’il n’y a pas de hasard, la durée séparant deux événements dépend du système de référence dans lequel on la mesure. Tout est relatif.
En astronomie, on nous dit que rien ne nous paraît être plus immuable qu’une étoile, il semble qu’elle soit éternelle. Pourtant, la distance entre nous et ce morceau de poussière de l’univers est tellement importante, que lorsque nous percevons son rayonnement à l’œil nu, elle n’existe déjà plus depuis très longtemps.
Pourquoi alors, ne pas imaginer qu’il serait possible de se déplacer dans le temps, que des propagations de flux d’énergie puissent être le support utilisé pour circuler dans le domaine de la relativité. Ce fragment d’étoile ou météorite est peut être sous certaines conditions, une porte virtuelle qui a permis à notre revenant et à nous même d’intervenir à différentes périodes de notre histoire.
Avons-nous été, victimes d’une hallucination collective?
Aujourd’hui, je peux vous confirmer que non ! Cela, grâce à la découverte faite la semaine dernière par Alexeï.
En voulant enlever les piles rechargeables de l’appareil photo, utilisé par Dimitri pour apeurer notre momie. Il a retrouvé la carte mémoire. La structure était complètement hors service, mais le module photographique encore en état a pu être réactivé et chargé sur un ordinateur. Six photos n’étaient pas visibles, le rayonnement ambiant étant supérieur à celui du flash. Une seule a été récupérée, mais elle nous prouve la réalité des faits !

Voilà, mon manuscrit est devenu roman. Dès le mois de septembre, il paraitra sur internet à raison d’un chapitre par semaine. J’ai averti les lecteurs potentiels qu’il s’agit d’une histoire fictive qui m’a absolument rien à voir avec la réalité. Certains noms sont changés, et des faits historiques égyptiens modifiés ! Qu’il ne s’agissait que de donner une explication plausible à une phase, entendue au cours d’une réunion de L’association des Amis du vieux Grigny.

Connaissez-vous la légende de la pierre maudite ?


FIN