La loi du Talion
Prologue


Nous sommes dans la prison de Mions où je viens de passer mes trois derniers mois de détention. La levée d'écrou a eu lieu il y a environ 10 min et après m'avoir restitué toutes mes affaires, dont une alliance et une chevalière, un gardien m'a escorté jusqu'à la sortie. À l'ouverture des portes, j'ai eu la surprise de voir sur le trottoir d'en face ma fille Cathy accompagnée de Carole ma soeur. Cathy a 16 ans et est malentendante de naissance ce qui nous a amené mon épouse et moi à apprendre le langage des signes pour pouvoir communiquer avec elle depuis sa plus tendre enfance. Carole s'occupe d'elle depuis mon incarcération, car ma femme est décédée de manière tragique depuis bientôt 3 ans. Avant toute cette histoire, j'étais simplement un jeune retraité de 55 ans qui vivait une vie très heureuse sans problèmes particuliers à part l'invalidité de ma fille. Dans un premier temps, j'ai été inculpé pour meurtre avec préméditation. Changé par la suite après enquête, en homicide involontaire j'étais libéré un an avant le jour de mon jugement après de longs mois d'emprisonnement à attendre le verdict que je méritais pour avoir fait justice moi-même. D'interminables semaines à réfléchir sur ce qui m'avait amené à ces actes irréparables, suite à un évènement tragique qui avait eu lieu très exactement le soir du 8 juin 2005.



1er chapitre


Un bonheur presque trop parfait complètement bouleversé par le simple fait de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. On oublie souvent que notre sphère de vie peut aussi être un espace de délinquance et de criminalité.

Nous sommes début décembre 2005, pour moi l'heure de la retraite a sonnée, dans exactement trois semaines je serai en fin de contrat de travail. Je vais enfin avoir tout le temps disponible nécessaire pour tous ces loisirs que nous allons pouvoir partager avec ma petite famille. Mon épouse en longue maladie depuis déjà deux ans, elle est atteinte d'une maladie de peau orpheline de type Lupus Érythémateux. C'est pour elle et pour Cathy que j'ai décidé d'arrêter mon activité d'encadrement dans le domaine de la chimie.

Au cours de ces dernières années, depuis que nous sommes installés dans cette petite commune, nous avons découvert ensemble toutes les infrastructures sportives à notre disposition.

Nous habitons dans la commune de Grigny située au sud de Lyon et bordée par le fleuve Rhône, c'est vraiment la ville à la campagne. A deux pas de chez nous s'étend un vaste terrain aménagé avec énormément de possibilités sportives de toutes sortes : Tir à l'arc, VVT, chemins pédestres, voie fluviales avec différentes activités genre planche à voile, barques, joutes. Des dizaines de kilomètres d'espace nature avec un investissement important des activités pédagogiques des Îles et Lône du Rhône et la création d'abris et d'observations de la nature.

L'ancienne gare a été réhabilitée et est utilisée par de nombreux partenaires associatifs et des enseignants pour l'éducation au développement durable au travers de la gestion et de la mise en valeurs respectueuses du territoire. Dès les premiers temps de notre installation nous avons acheté un petit bateau qui nous permet de faire de belles ballades et surtout de visiter les Îles qui entourent notre commune. De nombreuses espèces d'oiseaux vivent sur ces terrains marécageux et de ce fait les bateaux avec moteur à explosions sont interdits. Lorsqu'on se déplace sur l'eau de criques en criques on fait toutes sortes de rencontres, des cygnes, canards et même quelques couples de castors !

Tout cela à 15 min du centre de Lyon avec différentes possibilités de déplacement sans avoir à prendre son véhicule pour se rendre sur son lieu de travail, train et bus sont à notre disposition et cela à toute heure de la journée, car nous faisons partie du Grand Lyon depuis 2 ans. Pour nous c'est presque le paradis et avec tout ce temps que j'ai maintenant de disponible nous allons pouvoir nous éclater. Malgré son handicap Cathy est très sportive et en plus de toutes ces possibilités elle pratique également le tennis de table qu'elle pratique avec Hélène mon épouse. Avec moi elle fait partie de la section tir à l'arc des archers de Lyon et nous avons même eu l'occasion à plusieurs reprises de chasser différents gibiers dans des chasses privées ou existe des associations spécifiques de chasses uniquement à l'arc.

Nous avons également un chien loup de 6 ans qui s'appelle Ouragan, il fallait choisir un nom commençant par O lorsque nous l'avons acheté au marché de Perrache, spécialisé dans la vente d'animaux domestiques divers. Ce nom convient très bien à sa personnalité, c'est une espèce de balourd d'une trentaine de kilos qui déplace tout sur son passage. Aujourd'hui nous avons passé l'après-midi dans l'île de la table ronde située juste en face du club de planche à voile.

Avec le bateau nous sommes remontés le long du Rhône et nous avons accosté sur la partie sud de l'île en face de la tour de Millery avec pour objectif de visiter la ferme au loup, c'est un bâtiment chargé d'histoire, four à pain, marques de crues, mares aménagées dans d'anciennes carrières par les CM2 des écoles de Millery et de Jean de la fontaine de Sérézin. A notre retour en fin d'après-midi nous sommes redescendus jusqu'aux Lônes situées à hauteur de la nouvelle gare de Grigny et après avoir dirigé notre embarcation jusqu'à un des abris d'observation de la nature nous avons débarqué tous les quatre, Ouragan connaît par coeur le chemin qui mène à la cabane. C'est un ensemble en bois constitué de trois parois équipées de petites ouvertures dirigées du côté Rhône avec une vue panoramique sur un ancien port en ruine habituellement visité,surtout à la tombée de la nuit par une faune diverse, ragondin, cygne, canard, tortue d'eau .....

Pour mieux les observer j'ai fait venir d'Allemagne des jumelles à vision nocturne, très chères! Mais vite amortis par la découverte de cette activité de nuit de tous ces animaux plus intéressant les uns que les autres. Nous sommes en juin la nuit tombe vers 21h et il est exactement 20h40 pendant qu'Hélène s'installe dans le site d'observation avec Ouragan, nous allons ramener la barque au club de planche à voile situé à environ deux kilomètres. Je monte à l'avant du bateau et Cathy qui a maintenant 13 ans prend les commandes, c'est un grand mot, car dans la réalité notre embarcation est tout simplement équipée d'un moteur électrique très silencieux avec un guidage de barre à volant.

Après environ 30 min nous accostons au ponton et je relève le moteur en installant un système de roues amovibles qui nous permet de le pousser jusqu'au hangar de stockage pour la nuit. Nous avons ensuite traversé le parc du bassin de Joutes puis l'aire de Tir à l'arc pour prendre un chemin forestier qui longe la rive sur quelques centaines de mètres.

Il est environ 22 H lorsque nous arrivons enfin en vue de la cabane, nous sommes très étonnés qu' Ouragan ne soit pas comme d'habitude venu à notre rencontre. En arrivant à l'intérieur j'allume ma lampe et je découvre horrifié Hélène au sol pratiquement sous le banc d'observation, je n'ai pas d'autres moyens que de la tirer par les pieds pour la retirer de sa position, Cathy remue ses mains dans tous les sens pour exprimer sa peur.

Je suis arrivé à la positionner sur le dos, son visage est couvert de sang, mais elle semble respirer doucement, mais correctement. Après l'avoir basculé sur le côté, la tête légèrement en arrière je regarde si sa bouche n'est pas encombrée par du sang ou autre chose et je ramène sa jambe gauche sur sa jambe droite en position de sécurité. J'explique par geste à Cathy qu'elle semble juste avoir perdu connaissance suite probablement à une chute en se déplaçant dans le noir, j'appelle maintenant le 15 à l'aide de mon portable pour leur expliquer ce qui vient d'arriver.

La personne au bout du fil me passe un médecin qui me donne quelques conseils en attendant l'arrivée des secours. Cathy est extrêmement choquée par l'état apparent de sa mère qui saigne beaucoup, j'essaie de la calmer en lui disant qu'une plaie à la tête, même minime est toujours très spectaculaire, mais pas forcément grave, pourtant moi aussi je panique, car elle n'a pas encore repris connaissance.

Depuis la cabane j'appelle Ouragan à plusieurs reprises, mais rien, aucun signe de sa présence dans les alentours. Par signes, je demande à Cathy d'aller jusqu'à l'entrée du parc et d'attendre là-bas leurs arrivées pour les guider jusqu'ici. 30 min plus tard les secours arrivaient enfin, Hélène n'avait toujours pas repris connaissance. Le médecin du SAMU après un rapide examen l'a instantanément fait transporter dans l'ambulance pour lui prodiguer les premiers soins en demandant au chauffeur de contacter l'hôpital Lyon Sud service des urgences pour leur confirmer une arrivée dans probablement 15 à 20 min.

Nous sommes à environ 800 mètres de la maison, nous partons rapidement avec Cathy récupérer la voiture pour suivre le véhicule d'intervention d'urgence. Tout au long du trajet nous avons fait plusieures haltes de quelques minutes suite aux directives du médecin, il nous a fallu plus d'une heure pour rejoindre enfin l'hôpital où nous attendait un brancard et un autre médecin. Au cours de la discussion entre urgentiste j'ai entendu distinctement parler d'un traumatisme crânien et les portes du service se sont refermées derrière eux, nous laissant seul avec notre désarroi.

Une infirmière nous a pris en charge pour effectuer les démarches nécessaires pour son hospitalisation par la suite un officier de police averti en même temps que la SAMU a commencé à nous questionner sur le déroulement de l'accident. J'ai fait un récit le plus détaillé possible jusqu'à la découverte d'Hélène inanimée sur le sol de la cabane, en lui expliquant également l'infirmité de Cathy. Trois heures plus tard un médecin est venu m'avertir du décès de mon épouse et que malgré des soins appropriés il n'avait pas pu la sauver, en arrivant elle était déjà dans un coma avancé probablement dû à une fracture du crâne.

Cathy m'a regardé dans les yeux, elle a remarqué que j'avais plein de larmes et a réalisé instantanément que sa mère était morte, nous sommes tombés dans les bras l'un de l'autre incapables de faire face à cette terrible réalité. Le médecin s'est retiré sans rien ajouter en nous laissant à notre chagrin. J'ai demandé si nous pouvions la voir et nous avons été obligés d'attendre quelques minutes pour qu'il puisse la préparer.

Trente minutes plus tard à la sortie du bloc, l'officier de police nous a averti qu'une autopsie serait obligatoirement faite et qu'une enquête sera directement diligentée dès demain matin, en ce moment même, les lieux de l'accident étaient en cours de sécurisation par une équipe de la police judiciaire. Demain à 8h une voiture viendra nous chercher pour nous emmener jusqu'au commissariat de Givors, la présence de Cathy était également nécessaire et après s'être assuré de ma possibilité de conduire mon véhicule, nous a permis de rentrer chez nous. La nuit a été affreuse, longue et difficile et c'est vers le matin que Cathy s'est enfin assoupie.

La voiture de police était là à l'heure convenue, à notre arrivée nous avons été séparés et un officier SRPJ m'a averti qu'il avait prévu pour Cathy un interprète pour la gestuelle de communication. Une des premières questions a été de me demander si Hélène portait des bijoux au cours de la journée d'hier, j'ai confirmé que oui , une montre, une chaîne avec un crucifie et une médaille d'amour avec nos deux prénoms gravés ainsi qu'une chevalière et une alliance en Or. D'après l'officier elle n'avait plus rien à l'arrivée à l'hôpital !

L'interrogatoire a durée deux heures et j'ai su plus tard que Cathy avait confirmé exactement mes propos. Nous avons quitté le commissariat vers les 11h direction les lieux de l'accident. Dans la voiture l'officier me demande si Cathy est sourde de naissance et ou s'est passé sa scolarité jusqu'à aujourd'hui, elle est effectivement malentendante depuis toujours, sa primaire à l'école Pêne la fourmi avenue Mermoz dans le 8ème et son collège au CROP Roland Champagnat, elle connaît le language des signes et sait lire sur les lèvres. Je lui confirme également que mon épouse et moi avions été formés à ce type de communication.

Chapitre 2


Nous avons bien un système judiciaire performant, est-il vraiment efficace ou simple régulateur de cette criminalité organisée ?

En arrivant à l'entrée du site aménagé et maintenant interdit à la circulation l'officier de police en descendant de voiture nous présentent à deux nouvelles personnes, un enquêteur de la SR Section de Recherches de la Gendarmerie de Lyon et un analyste d'Europol qui est un outil d'aide à l'enquête. Un deuxième véhicule genre 4/4 nous prend en charge jusqu'au site d'observation, sur place la zone est entièrement balisée et une multitude de personnes circulent dans et autour de la cabane. Le SR me tend un sac plastique, me demande de vérifier, si tous les vêtements qu'Hélène portait hier sont bien tous là. Après vérification, il manque sa veste genre survêtement avec cagoule, on me demande alors sa description exacte, couleur, forme, etc...

J'explique alors que ce type d'habillement sombre avec capuche est nécessaire pour se confondre le plus possible avec la nature, ce qui facilite surtout de nuit la surveillance et l'observation du déplacement de la faune du fleuve. Les lunettes à vision nocturne ont été retrouvées à l'extérieur de la paroi de la cabane juste sous la troué de visualisation côté ancien port et d'après le SR il est fort probable que mon épouse était en train de surveiller de ce côté au moment où elle a été agressée, les traces de sang qui m'acculent la paroi à cet endroit corrobore cette hypothèse, sous réserve d'analyse suite à tous les prélèvements et empreintes effectuées depuis le matin.

Des traces de sang en assez grande quantité ont également été retrouvées au bord de la berge ce qui explique la présence de la Brigade fluviale qui drague le fond de l'ancien port avec l'appui de deux plongeurs. Dix minutes plus tard, le SR nous informe qu'un autre groupe de l'équipe fluviale à retrouver à environ 600 mètres un cadavre de chien qui flottait dans une crique. Arrivée sur place, je ne peux que confirmer qu'il s'agit d'Ouragan. D'après le plongeur qui l'a récupéré, il semble qu'il a été égorgé, il lui manque la moitié de la gorge, sa dépouille est alors déposée dans un sac plastique noir en vue d'une analyse plus approfondie en laboratoire. Plus tard le tatouage plus les résultats sanguins, confirmeront qu'il s'agissait bien de mon chien, Ouragan, et que le sang retrouvé au bord de l'eau était le sien. À part ces découvertes, le SR semble perplexe ne m'expliquant pas pourquoi mon épouse était sous le banc .Peut-être que les différentes analyses nous donneront plus de réponses. Le tour de la cabane est malheureusement inexploitable, c'est le chemin de passage de tous les Vététistes et promeneurs et le sol est très gras, parsemé de marques diverses d'après le SR il sera difficile d'en tirer quelque chose de positif. Pour finir, ils ont voulu voir le bateau, qui lui aussi a été complètement passé au peigne fin y compris les prises d'empreintes. L'autopsie d'Hélène aura lieu cet après-midi et pour le moment il n'est pas possible de récupérer son corps puis effectuer les démarches pour son enterrement. Depuis hier toute la famille est au courant de cet accident tragique, mais les coups de fil n'arrêtent pas, car la presse du matin parle déjà d'un homicide sanglant dans la commune de Grigny. Trop de gens participent à cette enquête et savent d'après l'officier de police autant de fuites d'informations possibles.Nous avons même déjà été contactés par un journaliste de presse auquel j'ai raccroché au nez, ces gens-là sont vraiment des vautours.Par la suite le responsable de la SR nous a déposés chez nous en nous spécifiant de ne plus utiliser le bateau jusqu'à nouvel ordre et que nous serions contactés dès que possible pour information sur la suite de l'enquête et la mise à disposition du corps de mon épouse. Dès demain ma soeur Carole qui est célibataire va momentanément s'installer à la maison pour s'occuper de Cathy, surtout faire les différents déplacements pour l'emmener au lycée et m'aider pendant un temps, car je vais sûrement être très pris par cette horrible histoire. Le responsable du SR a effectivement tenu parole et m'a fait suivre pas à pas les résultats de ses investigations. L'enterrement d'Hélène a pu avoir lieu 8 jours plus tard en présence de toute la famille y compris un photographe qui nous avait suivis jusqu'au cimetière pour obtenir un simple cliché, c'est vrai que vautour et cimetière vont bien ensemble, c'est aussi vrai qu'il faut être correctement informé, mais il y a la manière de faire et certain sont de véritables cafards dans la réalisation de leur travail.

Trois mois sont maintenant passés, tous les résultats d'analyses décortiquées, mais rien de probant si ce n'est les empreintes d'un semi-grossiste de cannabis trouver sur le ponton d'accostage, un certain Rachid Beltranouih habitant de Givors qui utilise quotidiennement en été avec des collègues utilisateurs de scooters cette aire d'accrochage comme point de départ pour des ballades sur le Rhône dans le secteur autorisé au-delà de l'île de la table ronde. D'après le responsable des investigations il avait en plus pour ce jour-là un alibi irréfutable, il était dans la région marseillaise chez sa mère avec preuves à l'appui, le bordereau du TGV plus sa présence remarquée dans une grande discothèque la retonde confirmée en plus par son ami d'enfance présent aussi ce jour-là Habib Khaled Hosseini. Impossible dans ce cas-là de commencer notre deuil en sachant que quelque part se trouve un individu qui a assassiné mon épouse et qui reste impuni. Néanmoins, j'ai essayé de faire les efforts nécessaires pour continuer tant bien que mal notre vie avec Cathy à qui sa mère manque tellement, ma soeur est repartie chez elle et nous avons repris nos activités pour éviter de nous enfermer dans trop de tristesse, car c'est vrai le temps s'écoule trop vite et nous avons encore avec ma fille tellement de choses à partager.

Nous avons tous tendance à oublier que nous ne sommes pas éternels et que toutes les personnes que l'on aime un jour, ils nous quitteront, fatalement. Une année s'est déjà écoulée et la période de surveillance nocturne a reprit, Cathy ne veut plus se rendre dans cette cabane qui lui rappelle de trop mauvais souvenirs, elle a maintenant 14 ans et est demi-pensionnaire au lycée, elle rentre toutes les fins de semaines ce qui nous permet d'avoir encore quelques loisirs ensemble, nous partirons en Corse au mois d'août pour participer à un championnat de tir à l'arc. Cela fait maintenant jours que je surveille la faune de 22 h à 24 h environ, le service de police au cours d'un de mes énièmes déplacements pour savoir s'il avait du nouveau sur notre enquête m'a restitué les lunettes à vision nocturne en me rappelant que certaine affaire n'aboutissait jamais surtout après une année entière sans faits nouveaux et qu'il fallait maintenant penser surtout à Cathy.

Au début de la cinquième soirée dans la cabane je surveillais attentivement toute une famille de ragondin qui faisait un bruit incroyable dans l'eau à environ 25 mètres du bord, très près de leurs interminables galeries qu'ils avaient confectionnées au fur et à mesure des années, la rive était truffée de trous et à l'aide des lunettes je les voyais s'amuser avec un sac qui semblait être en plastique, à chaque fois qu'un ragondin montait sur le sac, il chavirait sur son poids et instantanément un autre prenait sa place et ainsi de suite, il faisait tellement de bruit qu'à deux reprises un castor était reparti et j'étais encore là ce soir c'était surtout pour lui. Je suis sortie de mon poste d'observation avec la ferme intention de leur enlever leur jouet, j'avais prévu un appareil photo avec une pellicule ultra-sensible pour immortaliser mon couple de castors qui à cette période de l'année se montrait de plus en plus.

Depuis l'agression d'Hélène, j'ai toujours avec moi mon arc de chasse, rangé dans sa sacoche. Un arc simple en 3 morceaux plus la corde ainsi qu'un appui, 6 flèches et sous mon pantalon à même mon mollet un couteau de chasse dans son étui. Avec Cathy nous avons tous les deux exactement le même matériel qui est nécessaire lorsque nous allons chasser dans la réserve privée située pas très loin de notre maison de campagne à Usson en forez un petit coin perdu qui a pour nom Hameau de l'air à environ 5 kilomètres du village, en plein bois avec pour seul voisin un couple de bûcherons à la retraite depuis longtemps, en clair un vrai désert. Nous possédons également deux autres arcs dits de compétition avec balancier, que nous utilisons uniquement pour faire des compétitions dans la région lyonnaise, la seule différence c'est que Cathy possède du matériel pour gaucher. J'ai récupéré à l'aide de la barque le sac plastique responsable de tout ce tapage et je le ramène jusqu'à mon poste d'observation, après l'avoir déposé au sol je l'éclaire avec ma lampe torche et je découvre en l'ouvrant difficilement, car il est scotché à l'intérieur un blouson de sports noir celui d'Hélène ! il est taché et surtout encore plus surprenant, dans la poche zippée tous ces bijoux sont là ! Je reste à genoux complètement tétanisé par cette découverte pendant un long moment et là je pleure mon épouse sans pouvoir m'arrêter. Il fait une nuit noire et je ne peux pas inspecter grand-chose à l'extérieur alors je décide de repartir ranger le bateau et de rentrer à la maison.

Quelques instants plus tard, le sac en plastique est vidé sur ma table de cuisine, j'étale le blouson qui est mouillé et surtout très taché, des taches sombres qui ressemblent à du sang séché, dans la poche je récupère les bijoux, une montre, la chaîne avec le crucifie, la médaille d'amour et l'alliance, mais pas de trace de la chevalière. Le sac plastique est relativement propre, il ne peut pas avoir séjourné plusieurs mois dans l'eau. Il est légèrement lacéré à certains endroits ce qui explique l'humidité de l'intérieur, mais je suis convaincu qu'il ne peut être là que depuis peu, compte tenu de son volume et de sa flottabilité apparente je l'aurais forcément repéré depuis le début de la semaine. La question que je ne pose maintenant est de savoir si j'avertis le responsable du SR de ma découverte, la nuit porte conseil je déciderai de cela demain matin. J'ai très peu dormis, trop de questions et surtout aucune idée sur la provenance du sac. Je décide donc dès 7 h de repartir sur les lieux de la découverte à l'aide du bateau, Cathy arrive au train de 13 h 30 ce qui me laisse un peu de temps pour ré inspecter les rives de l'ancien port.

D'abord, un peu de réflexions, l'entrée de cette espèce de lône est protégée par une bande de terre d'une hauteur de l'ordre de 4 mètres, le Rhône s'écoule avec un débit de l'ordre de 100 M3/h depuis la construction de la centrale hydroélectrique du barrage de Pierre Bénite situé en amont à environ 10 kilomètres, avec un flux aussi important il est impossible à un sac aussi léger de revenir ou de sortir du sas que forme cet ancien port qui date probablement du 17e siècle qui fut encore apparemment utilisé par l'entreprise qui gérait la gravière jusqu'en 1998. J'inspecte la totalité des rives, mais à part une multitude de trous, quelques branchages je ne trouve vraiment rien de particulier. Il y a un an les hommes-grenouilles de la brigade ont déjà fouillé entièrement les fonds du secteur sans rien trouver, en revanche le bas du bord en béton côté accostage est entièrement recouvert en surface de déchets divers et surtout une multitude de papiers de type w.c. et ce qui m'incite à penser qu'une sortie d'eaux usées est probablement incluse dans les fondations du port, et pour encore mieux appuyé ma thèse au même moment, j'ai droit à environ 2 mètres du bord à un glouglou ragoûtant avec une remontée d'effluves à vous faire vomir. J'arrête là mon expédition fluviale et je refais à pied le tour du bassin repartant, bredouille après environ une heure de recherche. Je suis de retour à la maison en fin de matinée, juste le temps de faire un peu de ménage et de préparer un petit repas pour Cathy et moi.

En début d'après-midi, après l'avoir récupéré à la gare, nous sommes installés dans la cuisine et elle se moque déjà de ma façon de cuisiner, je parle en articulant distinctement et elle me répond par signes. Nous sommes passés ensuite au salon et je me suis lancé dans l'explication de ma découverte, au fur et à mesure de mes explications ses yeux se couvraient de larmes, je ravivais sa tristesse qui avait mis si longtemps à s'assoupir. Je l'ai prise dans mes bras et nous avons essayé ensemble de nous consoler, mais on ne se remet jamais de la perte de sa mère et ça, je le sais bien. Un peu plus tard elle m'a demandé de lui montrer le blouson et les bijoux, en même temps je lui ai expliqué mon excursion du matin et le peu de résultats qui en a suivi. À ce moment-là elle m'a demandé s'il était possible qu'un Ragondin est pu sortir ce sac d'une des galeries des rives, impossible de répondre le mieux est d'aller voir sur place si le diamètre d'un trou pourrait correspondre au volume du sac. À seize heures nous sommes sur la barque face aux galeries et nous constatons qu'il est impossible de rentrer un volume de ce genre et qu'en plus avec tous les orages suivis de grandes périodes de pluie le niveau de l'eau ne cesse de fluctuer suite au délestage incessant du barrage, il y a moins 3 semaines la rive pourtant haute de 4 mètres était presque submergée, si le sac était resté dans une des galeries il aurait été obligatoirement dans un autre état que celui dans lequel je l'avais trouvé, pour Cathy également il ne pouvait y avoir aucun doute, il n'était là que depuis peu. Il nous reste uniquement une hypothèse, celle du rejet par ce tuyau probablement de tout-à-l'égout, le mieux ou en sont les choses c'est de remettre à lundi une visite au secteur technique de la mairie pour essayer de connaître le cheminement de ces égouts en attendant nous allons faire le tour des abords pour recenser les plaques d'ouverture si elles existent.

Aucune ouverture à la hauteur du stade, ni même à l'intérieur des bâtiments en ruines de l'ancienne gravière. Pour le moment d'un accord commun nous ne dirons rien de notre découverte à la police et nous allons continuer nos investigations, Cathy est en vacances pendant 8 jours nous avions prévus de nous rendre à la maison de campagne, mais suite aux événements, nous resterons encore quelques jours pour essayer d'élucider ce mystère.
Nous avons remis toutes les affaires dans le sac et refermé de manière hermétique de façon à ne plus le polluer avec nos manipulations, plus tard si des analyses sont faites peut être aurons nous d'autres réponses à nos interrogations. Ce soir ce sera une soirée DVD, demain nous partirons faire une belle balade en barque si le temps nous le permet, nous remonterons jusqu'à la commune de Vernaison, au retour, nous mangerons au cabanon, un petit restaurant qui surplombe le Rhône et le point de départ des différents sentiers de découvertes de la nature.

Chapitre 3


Devant l'impuissance du système judiciaire, on devient vite sois même un véritable journaliste d'investigations. Avec un seul but, comprendre les faits, même si pour atteindre cet objectif il faut devenir hors la loi. C'est le prix à payer pour pouvoir un jour commencer son deuil.

Nous avons contactés les services techniques de la mairie et obtenu un rendez-vous pour le jour même à 10 H avec comme prétexte un devoir sur la récupération des eaux pluviales et tout à l'égout que Cathy devait établir comme devoirs de vacances pour son lycée. La mairie est installée depuis 1959 dans une ancienne demeure appelé Maisons des champs et rebaptisé le Châteauneuf par une Lyonnaise fortunée, Jeanne de Clappier qui date du 17 ème siècle. Cet ensemble sera consolidé par l'acquisition de la seigneurie de Grigny et enfin un autre propriétaire fit prolonger les deux ailes du bâtiment, installer des jardins à la française, créer des souterrains.

En février 1982 débutent des travaux qui mettent à jour l'un des plus vastes ensemble de peintures murales du 17è siècle qui seront par la suite classées Monuments Historiques.C'est dans une de ces salles que le responsable des services techniques fera son exposé et nous remettra des documents avec plan. Nous avons eu droit à une réception un peu particulière suite à notre affaire qui avait fait grand bruit dans la commune, le Maire en personne nous a confiés au bon soin de son subordonner.

Nous apprenons ainsi que toutes les eaux usées se retrouvent dans les quelques 2700 kilomètres d'égouts que compte l'agglomération Lyonnaise ainsi que les eaux de pluies environ 1/3 du volume total et en cas de fortes précipitations, le surplus des égouts part dans le Rhône et la Saône à travers les quelques 300 déversoirs d'orage. Dans l'avenir le grand Lyon devrait engager des investissements pour éviter au maximum ces rejets dans le milieu naturel, facteur de pollution. Huit stations d'épuration sont nécessaires pour traiter la totalité de l'eau. La réunion d'information durera 2h et nous repartirons avec un maximum de documents et de plan à la fois sur les circuits existants et sur le patrimoine de Grigny sauf la partie des souterrains du parc à la française. On nous conseille de nous adresser à l'association des amies du vieux Grigny la Maison Hosotte située au centre du village dont le responsable est un des anciens préposé de la poste de la commune.nLe soir même nous avions en mains la totalité des éléments nécessaires dont nous avions besoin sans savoir que pour nous c'était surtout le début de très gros ennuis.

Des notre arrivée nous nous sommes installés dans le salon et nous avons étalé tous les plans au sol et j'ai Nordi fié à l'aide de ma boussole un plan complet du secteur à visiter qui englobait surtout les alentour de l'aire de loisirs. Nous nous sommes très rapidement rendu compte qu'aucun circuit ne passait à proximité de l'ancien port, en revanche un déversoir était positionné de l'autre côté de la voie ferrée distante d'environ 200 mètres, un vrai casse tête. Dans le même temps Cathy a dessinée à l'échelle sur un calque le circuit connu des souterrains du château d'après les indications des amies du vieux Grigny. A ce moment-là tout nous apparaît beaucoup plus clair, car le fameux déversoir se trouve sur l'une des galeries. Nous allons avoir également un autre problème à régler, ces fameuses galeries ne sont pas ouvertes au public, considérées comme trop dangereuses une première remise en état de visite a été commencé il y a peu de temps et rapidement abandonné faute de moyen. Néanmoins, demain matin nous commencerons à faire le tour du village pour trouver une entrée possible dans ces galeries qui communiquent d'après le plan toutes entre elles. Il nous faut impérativement du matériel pour effectuer cette visite, deux lampes torches avec alternateur rotatif, deux casques que j'ai gardé depuis mon départ en retraite, deux sacs à dos avec nos arcs et nos couteaux pour la sécurité en cas de mauvaises rencontres, je possède une montre mixe pour l'indication de la température, altitude et surtout boussole, un appareil photo numérique, un téléphone portable et un petit bijoux de GPS qui a la particularité de pouvoir faire des points dans l'espace et de vous ramener à votre point de départ.

A 7h nous sommes dehors avec chacun aux pieds des bottes au cas ou les galeries soient inondées. En principe l'entrée principale est dans le centre du jardin à la française mais beaucoup trop en vue impossible d'espérer rentrer par là. Nous avons porté notre choix sur une porte possible qui devrait être située dans le lotissement des Cazardes à environ 400 mètres de chez nous, pour cela nous traversons un parc situé juste en face de chez nous et nous remontons ensuite un petit chemin de terre jusqu'à l'arrière de la partie que nous voulons inspecter, nous trouvons assez rapidement une espèce de goulotte équipée d'une grosse porte en acier fermé par un énorme cadenas.

Je retourne rapidement dans mon garage et revient avec une coupe boulon et un cadenas neuf, encore des vestiges de mon ancien travail. Cathy fait le guet pendant que je change assez facilement le cadenas. La porte est située entre deux maisons et tournée du côté du mur, nous rentrons à l'intérieur, mais je garde le cadenas sur moi, je me contente de tirer la porte du mieux possible. A l'intérieur nous allumons nos lampes, avant d'avancer nous démarrons nos portables en mode vibreur au cas où nous soyons séparés nous communiquerons par SMS, la première galerie donne sur un croisement de trois autres ouverture, je décide de graver sur le mur un simple numéro 1 et de notifier les autres des chiffres 2, 3 et 4.

Je démarre mon GPS pour marquer ma position et à l'aide de ma boussole et de la carte je note sous chaque numéro l'aboutissement normal de chaque voie. Pour la 1:Cazzardes 2:Mairie SO 94° 3:Millerie NO70° 4:Rhône SO 148°.

Notre premier chois est bien sûr SO 148° et nous commençons à descendre en pente douce très sûrement en direction de l'ancien port, l'humidité suinte sur les murs en pierre et le sol est gorgé d'eau, mais à part cela, rien de bien particulier d'après la carte de Cathy il nous reste environ 700 mètres à faire, nous avons eut la surprise de trouver la voûte éboulée à environ 100 mètres avant notre objectif. Nous avons déposé tout notre bardas au sol et essayés de déblayer doucement la galerie, ma lampe s'est éteinte, un petit coup de moulinet d'environ 2 min et c'est reparti pour un tour, après une bonne demi heure de travail nous faisons une petite pose, par gestes elle me demande si je suis fatigués je lui réponds par un simple sourire . A ce moment-là je pense que nous n'avons jamais été aussi proche l'un de l'autre depuis la disparition de sa mère. Encore une bonne heure de travail avant de pouvoir se glisser de l'autre côté, nous avons essayé au cours de notre perçage de consolider au mieux les parois de ce petit tunnel d'environ un mètre que nous avons dégagés.

10 min plus tard nous étions au bout de la galerie qui était infestée d'une odeur nauséabonde, un liquide très chargé s'écoule effectivement du déversoir probablement dû à l'abord supplémentaire d'eau suite à l'orage.

Devant nous il y a une nappe d'environ 2 mètres sur 3 et en surface flotte encore 4 ou 5 sacs plastiques de couleur verte, car le débit n'est plus suffisant pour leur faire passer le goulot qui crache au milieu du port.

Je quitte momentanément mes bottes pour allez les récupérer, c'est vraiment dégueulasse, mais je n'ai pas d'autre choix possible, au retour je m'essuie les jambes avec mes chaussettes et je me rechausse pieds nus. Chaque sac pèse environ 5 ou 6 kilos, nous en ouvrons un difficilement, car il est complètement collé au plastique un peu comme un emballage sous vide, je ne suis pas un connaisseur, mais cela semble être des pains de résine de cannabis, Cathy me confirme, elle me dit avoir déjà eu en main une dose qu'un de ces camarades plus âgé avait de glisser dans son paquet de cigarette à rouler.

Nous refermons du mieux possible le sac plastique et je passe tout mon matériel contenus à l'intérieur de mon sac à dos au sol pour y ranger les 4 emballages récupérés.

Nous trouvons également une longue tige en alliage équipée d'un côté d'une griffe et de l'autre d'une poignée reliée par un petit système de câblage qui permet d'ouvrir ou de fermer cette espèce de pince.

Apparemment c'est l'éboulement qui a ouvert une brèche entre le circuit de tout à l'égout et la galerie, ce que je prenais pour un déversoir est simplement une évacuation qui permet lorsque le niveau du Rhône est bas de maintenir la totalité de cette galerie le plus au sec possible, ce qui confirme notre idée c'est que cette liaison avec le fleuve est en pierre de taille et date probablement de plusieurs centaines d'années.

J'ai une petite idée sur la façon dont les sacs de cannabis transitaient de la galerie à l'extérieur, je récupère un petit emballage étanche qui contenait les lampes torches et après l'avoir refermé je le saisis avec la tige à pince et je pousse cet ensemble le plus loin possible dans la direction du circuit d'évacuation puis j'ouvre la poignée. Après environ 10MN l'emballage ne refait pas surface, il nous faudra simplement vérifier s'il se trouve à présent quelque part dans l'ancien port.

Une grande partie des parois du bout de la galerie sont complètement recouvertes de boue séchée, on voit nettement différents niveaux d'encrassement probablement dû aux aléas du niveau du Rhône durant toutes ces longues années, et c'est sûrement cette lente érosion qui est responsable de cette brèche .

La fermeture totale a probablement eu lieu en la présence des gens qui utilisaient ce système pour passer la drogue et surtout avant qu'il est complètement terminé leurs transferts, ils ont certainement déguerpis à toutes vitesse avant d'être complètement enfermés.

Après un dernier tour d'inspection nous remontons la pente jusqu'à l'éboulement et une fois de l'autre côté je remets en place le maximum de blocs.

30MN plus tard nous étions derrière la porte de sortie, après avoir refermé avec le nouveau cadenas, j'ai pris soins de le maculer de terre pour qu'il n'attire pas trop l'attention.

Pendant le chemin du retour nous nous sommes arrêtés un instant pour jeter l'ancien cadenas dans une poubelle du Lotissement.

Un seul point restait difficile à passer, c'était la partie de route qui nous séparait de notre maison, environ 200 mètres et c'est Cathy qui était la plus propre des deux, qui a fait le trajet en premier, elle n'a fait attendre au moins 10 min avant de ne donner le feu vert, grâce au vibreur du portable.

Nous nous sommes déshabillés sur la terrasse, nos vêtements étaient pleins de boue et moi je sentais terriblement mauvais.

J'ai même eu droit à la salle de bain en premier et nous nous sommes retrouvés tous les deux en pyjama dans la cuisine en train de vider le sac à dos plein de résine de cannabis.

Je récupère tous les vêtements souillés, direction la machine à laver, les bottes au garage ainsi que tout le matériel que nous avons utilisé.

Par la suite nous avons commencé à imaginer des hypothèses au sujet du soir ou Hélène a été agressée, nous pensons qu'après notre départ ce soir-là elle a dû voir remonter des paquets au milieu de l'ancien port et qu'elle a continué en nous attendant de surveiller la scène et qu'à ce moment -là il y a probablement une embarcation qui est venue chercher ses emballages, Ouragan a sûrement dû depuis la berge leur aboyer dessus, il devais avoir avec eux un chien qui l'a rapidement neutralisé et égorgé, s'était d'ailleurs la version du responsable de la police quant à sa blessure à la gorge.

A la vu de son chien en danger Hélène s'est sûrement fait remarquer ce qui explique son agression pendant qu'elle continuait sa surveillance et une fois à terre son assaillant pour faire croire à un vol lui a enlevé tous ces bijoux.

Cathy par signes, me demande et le blouson? Là je n'ai pas trop de réponse, à moins que son agresseur est voulu enlever toutes traces de son passage dans la cabane en l'utilisant comme chiffon?

Pour aujourd'hui repos nous avons eu assez d'émotions comme ça, d'un commun accord nous reprendrons nos investigations dans les galeries restantes demain et pour éviter tous problèmes de repérages nous partirons comme d'habitude à la tombée de la nuit en direction de notre cabane d'observations.

Au cours de l'après-midi nous avons tranquillement été jusqu'à l'ancien port et là à quelques mètres de la rive notre emballage de lampes tournait en rond entraîné par le courant, mais restait grâce à un mouvement contraire à l'intérieur de la zone d'accostage, notre hypothèse était la bonne. Nous sommes à présent très excités et impatients d'être à demain.

Lundi 21h 30 nous venons de choisir pour ce soir de vérifier la galerie N° 3 en direction de Millerie ,nous avons opté pour le même équipement, avec un petit plus, une bouteille d'eau, car hier avec tous ces efforts nous avons eu très soif.

Contrairement à la galerie N°2 cette fois-ci nous avons à faire face à une montée progressive pendant environ 4 ou 500 mètres avec toujours un petit écoulement sous nos pieds, les parois suintes et nous entendons un écoulement à travers les murs.

Encore environ 100 mètres et nous trouvons un croisement avec deux possibilités, soit tout droit, soit à droite, nous notons sur la voie de droite 3-2 et je fais un point GPS. Nous continuons à gravir la pente jusqu'à arriver à un éboulement qui obstrue complètement la galerie , cette fois-ci rien à voir avec l'encombrement de la voie N°4 c'est beaucoup plus important. Avant de faire demi tour je refais un deuxième point GPS, tous ces relevés vont permettre à Cathy de tracer un plan à la surface du plateau de Millerie que nous avons du maintenant atteindre.

Après avoir fait demi tour nous arrivons à l'entrée de la galerie 3-2 et nous voilà repartis pour environ 8 ou 900 mètres, mais en terrain plat et de nouveau un éboulement du même type que celui que nous venons de voir. Sur le chemin du retour nous inspectons chaques recoins possible et nous finissons par trouver sur le haut de la voûte un trou équipé d'une échelle en acier qui remonte à la surface, d'après l'altimètre de ma montre nous sommes à plus 35 mètres et je fais un 3 ème point GPS.

Cette échelle en acier est accolée à des encoches faites dans la pierre et date probablement de quelques centaines d'années également.

Pour accéder au bas de l'échelle il faut impérativement tirer le premier barreaux pour faire la faire glisser jusqu'au sol, elle se manipule donc habituellement depuis le haut. Je monte Cathy sur mes épaules et avec mon aide elle en actionne la descente. Et là je commence ma progression vers le haut sur environ 5 ou 6 mètres et j'arrive jusqu'à une espèce de couvercle que j'essaie de soulever mais quelque chose semble le bloquer, je suis exactement à 41 mètres d'altitude.

Je redescend de mon perchoir, je prends quelques photos et nous décidons que pour ce soir ce sera suffisant, il est déjà presque 23h. Nous faisons marche arrière avec la certitude d'avoir découvert l'entréedes galeries, nous vérifierons demain matin après que Cathy est mis à jour le plan extérieur avec les indications GPS et altimètre.

Nous avons passé le reste de la soirée à discuter sur nos différentes trouvailles et à mettre à jour nos différents plans.

Notre prochain objectif sera le repérage extérieur que nous effectuerons demain matin, nous sommes bien fatigués et nous partons rapidement nous reposer dans nos chambres respectives.

A 8h j'ai été réveillé par une bonne odeur de café et moins de 2 heures plus tard nous étions à pied d'oeuvre sur le plateau de Millerie, à l'aide du plan et du GPS affinés notre position et déterminé l'emplacement exacte de la sortie probable de la galerie située en bord de vigne dans une ancienne maison complètement en ruine qui servait probablement autrefois à entreposer du matériel nécessaire à l'entretien des vignobles, sa surface ne dépasse pas 6 ou 8 mètres carré et le sol est complètement obturé par des morceaux de charpente et d'ancienne tuiles. Au positionnement exacte indiqué par le GPS l'altimètre indique bien les 41 mètres et là je continus à prendre quelques clichés, en déplaçant une poutre et quelques tuiles nous mettons à jours le sas d'entrée de la galerie un bloc en pierre bloquée par une espèce de fermeture à loquet, le système après déverrouillage bascule assez facilement sur lui-même et permets d'accéder aux encoches en pierre doublée par une échelle coulissante probablement installée depuis pas très longtemps d'après la qualité et l'état.

Cette petite maison est vraiment l'endroit idéal pour décharger un véhicule sans se faire remarquer, car elle se trouve du côté opposé au chemin emprunté par les promeneurs habituels.

Ils nous restent maintenant une dernière galerie à visiter celle de la mairie et nous avons bien l'attention de le faire dès ce soir.

Aujourd'hui nous passons la journée chez ma soeur et nous devons ensemble choisir un cadeau pour l'anniversaire de Cathy pendant qu'elle s'occupera de nous préparer le repas de midi.

Nous avons dîné en fin d'après midi dans un bouchon Lyonnais et nous lui avons fait son cadeau en fin de soirée après que le patron est éteint la lumière et que les clients présents sont entonnés avec nous bon anniversaire.

Le soir même nous étions au début de la dernière galerie à explorer N°2 SO 94°A après avoir parcourus environ 6 ou 700 mètres sur un terrain presque plat , nous avons l'impression de virer sur la gauche et de monter légèrement, effectivement ceci est confirmé par ma boussole et l'altimètre, environ 300 mètres plus loin de nouveau un croisement avec 2 voies possibles ,après avoir refait un nouveau marquage et un point GPS nous prenons la voie de droite pour finir par arriver sur un mur en pierre , ceci semble être la fin de cette partie de la galerie je refais un point GPS/Altimètre.

Nous sommes à présent revenus dans la voie de gauche et cette fois si nous avons l'impression de vraiment tourner en rond , presque un tour complet , pour finir également sur un autre mur, je fait le dernier repérage et en posant mon sac à terre je remarque quelques trous d'un diamètre de l'ordre de 6 à 8 cm à ras le sol ,on sent comme un petit courant d'air . Je sort une flèche et j'essaie en l'insérant d'évaluer l'épaisseur de ce mur , il est moins large qu'elle et je l'estime d'environ 30 cm , je refait les différentes mesures habituelles et nous retournons dans la voie de droite pour vérifier si les mêmes trous sont existants. Arrivée de nouveau au 1er mur en pierre nous constatons effectivement des orifices similaires, mais avec en plus un courant d'air qui semble être beaucoup plus important, l'épaisseur semble être beaucoup plus grande mais contrairement à l'autre mur qui est composé d'un ensemble de bloc d'environ 50 cm celui si est d'un seul tenant en arc de cercle qui est aussi parti intégrante des murs et de la voûte, une espèce d'énorme pierre de taille.
Nous avons enfin fait le tour de toutes ces galeries, enfin dans les parties visitables par la suite je propose à Cathy de revenir demain avec quelques outils pour essayer de déplacer un bloc de la voie de gauche. Pour le moment il n'est pas très tard et nous allons pouvoir maître à jour le reste de notre plan extérieur, mais côté Mairie cette fois-ci.

Chapitre 4


On veut élucider un meurtre au présent pour punir le ou les coupables et on redécouvre un pan de l'histoire probable du passé de notre commune.

Vingt-trois heures sonne au clocher, lorsque nous arrivons dans le secteur du parc de la mairie, nous observons bon nombre de badauds à cette heure tardive, tout en marchant nous vérifions et notifions tous nos points recensés dans la Galerie Nº 2.

La localisation GPS du mur de gauche nous amène jusqu'à un grillage qui détermine l'emplacement d'un Nymphée qui devait être remis en état depuis de nombreuses années, mais qui faute de financement est resté en l'état. En conséquence, il fut clôturé, n'offrant pas en cet état une sécurité suffisante.

Le panneau d'indication, interdiction de pénétrer, stipule qu'il s'agit d'un lieu de culte ou sanctuaire dédié aux Nymphes « jeunes filles représentant les divinités des eaux, des bois et des champs », élevé au-dessus d'une source ou d'une fontaine.

En passant derrière la façade sud de ce monument, il existe un petit chemin qui relie la rue principale. Non éloigné, un siège nous permet d'attendre le moment propice pour escalader ce grillage qui à cet endroit semble accessible. Après une heure d'attente et un peu d'escalade, je me trouve à l'intérieur du bâtiment qui s’avère vraiment en ruine, Cathy est restée sur le banc pour effectuer le guet.

À l'intérieur, je découvre le même genre d'architecture voûté, en pierre de taille, qu'aux fonds des tunnels. Où se situent des espèces de supports taillés dans la masse sur lesquels devaient potentiellement reposer des statues de divinités. Devant l'une d'entre elles, je retrouve pratiquement à l'identique la position GPS du lieu où nous étions quelque temps plus tôt en soirée, cette fois, de l'autre côté du mur. Celui-ci laisse apparaître à mi-hauteur quatre trous érodés qui probablement autrefois devaient permettre la circulation continuelle de l'eau depuis cet endroit jusqu'à la vasque centrale d'un diamètre approchant les six mètres. Tout le reste de l'ensemble, voûtes, plafond, début de galerie, écoulements se montrent en état de délabrement complet.
J'ai rattrapé Cathy après avoir pris quelques photos, je lui ai expliqué ma découverte, puis nous avons poursuivi le traçage de la voie de droite avec une surprise à la clé. Le point GPS est exactement situé à environ dix mètres de l'aile gauche du bâtiment, juste sous nos pieds, se localisant entre quatre ou cinq mètres de profondeur d'après l'altimètre.

Nous arrivons bientôt à la fin août, la date de l'achèvement des vacances pour Cathy approche. Nous n'avons plus que trois jours à notre disposition pour terminer toutes nos recherches. J'ai maintenant assez d'éléments pour étayer notre hypothèse auprès des autorités judiciaires.

Il est une heure du matin quand nous regagnons le domicile. Il n'y a plus grand monde dans les rues. Après nous être installés devant un plateau-repas bien mérité, nous profitons de ce moment de répit, pour discuter de la préparation de l'expédition du lendemain.

Toute la nuit, j'ai pensé à Hélène, à l'amour que nous avions l'un pour l'autre. Celle qui se trouvait maintenant derrière ce mur de glace qu'est la mort, elle me manque tellement, c'était ma vie, mon présent, mon avenir. J'aurai tellement voulu me voir doucement vieillir dans le bleu de ses yeux. Cathy qui à présent se fait femme, elle aussi avait besoin de notre présence à tous les deux pour gravir les différents obstacles dus à son handicap, je ne suis qu'un homme et beaucoup de ces questions restent sans réponse.

À 22 h le lendemain nous étions devant le mur avec une barre à mine et divers autres outils, dont deux poignées à ventouses, que j'utilise habituellement pour la carrosserie, pour essayer d'extraire un des blocs de roche. Nous avons bataillé une bonne partie de la nuit, pour faire basculer cette masse à nos pieds. Le tout avec précaution, en s'assurant qu'une des pierres situées à environ 50 cm du sol sur une section à risque se détache. Cette dernière ne devant théoriquement subir, en aucune manière, la moindre des contraintes du fait de la charge de la voûte. Tout cela en évitant de faire trop de bruit, ne sachant pas ce qui se trouve de l'autre côté.

Nous pénétrons l'un après l'autre dans une pièce relativement froide avec la sensation d'une circulation d'air importante tout autour de nous. Nous sommes dans une espèce de couloir réalisé à l'aide de galets empilés, soudés entre eux par une sorte de moraine. Face à nous, une très grande pierre, genre granit, avec une ouverture d'une longueur d'environ un mètre sur une largeur de l'ordre de dix centimètres. La découpe s'élève jusqu'au ras de la voûte. Elle a comme particularité d'être couverte d'une espèce de dépôt très noir. Il n'y a, pourtant, aucune odeur qui s'en dégage.

Je fais un repérage des coordonnées du site puis j'essaie de nouveau d'évaluer l'épaisseur du bloc. Mais cette ouverture est trop haute, la fente semble en plus être en pente descendante et au cours de ma manoeuvre sur la pointe des pieds la flèche m'échappe des mains en disparaissant dans le trou. En dépit de plusieurs essais impossible de la récupérer. Où a-t-elle pu se nicher, prions pour que personne ne l'aperçoive.

En continuant notre chemin sur notre droite sur environ encore cent mètres, nous arrivons devant une ancienne porte en bois équipée d'un pêne à l'ancienne. Il nous suffit de le tirer pour accéder à l'intérieur d'une pièce de dimensions réduites, sans fenêtre, dans laquelle sont entreposés divers objets. Une desserte recouverte de poussière avec des fioles et différents outillages.

Nous posons nos sacs à dos et nous commençons à répertorier l'ensemble des éléments déposés dans cette cambuse. Sur la table, j'ouvre un des multiples petits flacons en verre qui contiennent différents liquides sans marquage particulier. Au troisième, je reconnais les relents caractéristiques d'un produit acide. Après avoir dégagé suffisamment de place, nous positionnons sur la table une boîte en bois entièrement enduit d'une sorte de Cires ou paraffine. Je fais délicatement sauter le couvercle, et là, à l'intérieur se trouve toutes une série d'espèces d'Icône qui représente, des images anciennes avec comme représentation des oiseaux, des étoffes, des scènes avec des annotations en langue étrangère. J'ai maintenant devant les yeux un décor que je reconnais immédiatement. C'est le même, en format réduit, que celui situé dans la salle des Brocarts. Nous les avons découverts au cours d'une visite organisée des peintures murales de l'Hôtel de Ville. On retrouve également ces illustrations dans les documents que nous a remis dernièrement le responsable de la mairie.

Apparemment, nous sommes dans un local dans lequel sont stockées depuis de nombreuses années les espèces de toile qui ont servi de modèle pour les élaborer au XVIIe siècle. Redécouvertes il y a une vingtaine d'années sous plusieurs couches, d'autres barbouilles.

Nous avons ouvert les trois caisses qui contenaient toutes le même type d'Icônes. Sauf la présence incongrue d'un petit tableau d'environ 25 cm sur 20 qui représente deux Seigneurs disputant une partie d'échecs sous le regard attentif des spectateurs debout autour d'eux. Une scène qui semble dater approximativement du XIIIe ou XIVe siècle d'après leurs vêtements et les objets alentour. D'autant plus qu'une particularité m'a spécialement frappé, c'est le nombre limité de pièces sur l'échiquier qui comporte bien 64 cases, mais seulement vingt-six figures au lieu des trente-deux utilisé aujourd'hui ?
Nous apprendrons que le nouveau propriétaire Baptiste de Monlceau au cours de la mise en place des souterrains a probablement fait disparaître, au décès de Jeanne-de-Clapier veuve de Gaspard de Merle, ces Icônes jugées trop indécentes pour l'époque. Nous sommes sous le règne du Roi-Soleil Louis XIV et la guerre de religion entre protestant et catholique n'est pas loin.

Dans une dernière caisse, nous mettons à jour également un tableau un peu plus grand qui représente apparemment un vallon entouré de montagne. Avec sur la droite, un ensemble de bâtisses très anciennes, du genre monument ecclésiastique. À proximité de l'édifice se trouve un personnage qui semble porter une robe en bure avec le haut complètement ramené sur son visage.

Après avoir fait un maximum de photos, nous avons tout remis en place, fait un point GPS sur le mur du fond, refermé correctement la porte et j'ai emporté avec moi le petit tableautin de joueur d'échecs.

Nous sommes repartis tranquillement en direction de la sortie des Cazardes et nous étions de nouveau à la maison très tard dans la nuit. Il nous restera à essayer de récupérer notre flèche perdue quelque part dans les sous-sols de l'Hôtel de Ville, mais ça, ce n’est pas gagné ! Demain, nous nous rendrons sur place dans la matinée et nous espérons grâce au point GPS pouvoir accéder à notre lieu de recherche.

Samedi matin 9 h nous arrivons dans le hall d'accueil de la mairie. Plusieurs personnes patientent déjà. Pendant que Cathy fait mine d'attendre son tour, je me promène tout en observant tranquillement les différents corridors aux alentours avec mon GPS en service. Après 5 minutes seulement, je me trouve devant une issue fermée au fond d'un couloir sans indication précise contrairement aux autres portes. Pas de serrure, j'ouvre. Elle donne directement sur un escalier qui débouche sur ce qui semble être une ancienne cuisine. Cette salle se distingue par une imposante cheminée sur laquelle figure un merle héraldique qui a probablement inspiré la création du blason de la ville. D'après le repérage GPS, je suis à environ 2 mètres du passage par lequel j'ai fait passer la flèche. Ce qui porte à croire que le système de ventilation qui devait permettre à cette cheminée de bien fonctionner autrefois est certainement obstrué, le cumul de la mesure GPS/Altimètre m'indique le point le plus bas de l'édifice.

Il me reste un relevé à faire tout en remontant, je referme la porte. Là, je tombe nez à nez avec une secrétaire à qui je demande simplement s'il y a des toilettes. À la suite à ses directives, je me dirige maintenant du côté du dernier point. Juste après l'accès aux latrines, j'aperçois face à moi une indication sur une nouvelle entrée. Elle est nommée <>. J'ouvre délicatement sans frapper, heureusement pour moi, cela semble être grand local réservé aux réunions du conseil. À l'intérieur, il n'y a pas âme qui vive. La mesure exacte GPS m'indique le mur du fond. Je suis donc pile de l'autre côté de la petite pièce de stockages des anciennes toiles et Iconographie.

Deux décors sont superposés, celui qui à l'air le plus antique a gardé toute sa fraîcheur dans sa partie supérieure. Là, sous la peinture rose on distingue un paysage très vague, le tout est sous des espèces d'arcades typiquement grecques.

Après avoir fait quelques clichés, je rejoins Cathy le plus vite possible, quand j'arrive dans la halle, elle est tranquillement en train de m'attendre sur un banc. Je demande alors simplement un certificat de naissance en positionnant mon livret de famille sur le comptoir.

Nous avons maintenant tous les éléments concernant toutes les galeries avec un point important. La découverte du circuit que prenait probablement cette drogue avant d'être stockée puis transitée sûrement de nuit puis être récupérée et transportée par voie fluviale.

Ce qui nous ramène au fameux semi-grossiste de cannabis, information lâchée par Denis le responsable des investigations. Au fur et à mesure de l'avancement de l'enquête, nous nous sommes trouvé plusieurs points communs, dont un particulier, lui aussi était veuf depuis plus de 5 ans. Il savait ce que je ressentais, alors tout naturellement, à la suite de quoi, au cours de nos différents rendez-vous avons-nous fini par boire un coup dans un café situé juste en face de son lieu d'activité. C'est encore lui, qui m'a apporté il y a quelques mois les lunettes à vison nocturne directement chez moi. Ce soir-là, nous avons dîné ensemble.

Je décide d'attendre que Cathy reparte pour sa semaine de lycée avant d'entreprendre avec lui des travaux d'approche pour essayer de trouver une solution pour l'amener à poursuivre son enquête.

Je patienterai donc jusqu'à lundi et sans moisir, nous allons ranger avec ordre l'ensemble des documents et photographies diverses qu'il nous faut maintenant exploiter au mieux.

Cathy s'occupe de toute la partie photo à moi de mettre à jours de manière définitive le plan total des galeries. Par la suite, nous avons essayé de nettoyer le petit tableau représentant les joueurs d'échecs par touche homéopathique avec de l'eau tiède. Mais sans résultat probant, nous avons ensuite passé sur la surface de la toile une demi-pomme de terre et là nous avons vu réapparaître progressivement toutes les couleurs de bases. Il était magnifique. J'ai su quelques années plus tard qu'il s'agissait d'une scène médiévale élaborée avec une technique dite d'Enlumineur effectuée sur Parchemins rehaussés de cuirs et de poudre d'or. Le tableau a été attribué au peintre Jean Fouquet qui l'a probablement réalisé, au XV siècle.

Cette semaine est passée beaucoup trop vite. Nous n'avons même pas pu partir à la maison de campagne. Mais l'important est que Cathy semble très heureuse, que nous soyons restés ensemble à essayer d'avancer sur un projet commun celui de faire punir le ou les agresseurs de sa mère.

Notre stratégie est maintenant très élaborée. Nous pouvons sans trop de peine imaginer le cheminement des différentes galeries dont celle complètement obturée et située dans le prolongement de l'escalier d'entrée équipé d'une échelle coulissante. D'après l'indication à la boussole elle se dirige probablement vers une autre demeure très ancienne le Château de Millery distant d'environ 800 à 900 mètres.

En ces époques mouvementées, on peut penser que les seigneurs qui régnaient sur cette région devaient aide et asile à tous leurs villageois. En cas de danger, ces galeries dissimulées leur permettaient depuis leurs résidences ou leurs lieux de travail de venir se mettre à l'abri dans l'enceinte de ces châteaux.

Nous avons à présent regardé toutes les photos sur ordinateur en sachant que pour certaines, celle prise dans la petite pièce de stockage était unique, nous étions les premiers à les photographier.

Nous avons au moment présent l'agrandissement de la toile représentant une espèce de vallon avec une bâtisse. Celle-ci fait penser à une construction abbatiale sur la droite, c'est plus une esquisse qu'un vrai tableau et son encrassement apparent nous oblige à éclaircir exagérément la scène. Vu de très près on distingue un peu mieux une sorte de moine sur le coté de l'édifice. Mais le point le plus intéressant est qu'il nous paraît qu'au-delà du bâtiment, nous discernons maintenant un vallonnement. Ce dernier ressemble étrangement au pourtour légèrement montagneux situé au-dessus de l'Île de la table ronde du côté du district de Ternay.

Avec beaucoup d'imagination, on peut penser qu'il s'agit d'une des premières implantations sur la commune de Grigny. Singulièrement, d'après le positionnement de l'édifice, qui semble être séculaire, celui-ci se trouvait sensiblement dans le même secteur que notre église datant du XII siècle, existant encore aujourd'hui, peut être même construite sur les ruines de cet ancien monastère.

Ce qui nous amène à vérifier également un dernier point qui va nous prendre cette fois-ci deux bonnes heures. Le grossissement des vues faites dans la Salle de l'Amour sans repos et surtout la partie qui apparaît légèrement par transparence. Grâce à la possibilité d'ouvrir et de travailler sur deux fenêtres en même temps. Nous révélons en jouant sur la transparence, en les juxtaposant, puis en changeant simplement l'échelle d'agrandissement, pratiquement le paysage vague que nous percevons sur la photo de base que nous avons devant les yeux. Les autres différentes tâches que nous apercevons à peine correspondent à notre personnage et aux alentours.

Les premières peintures qui ont été faites sur les murs de cette ancienne Maison des champs, avant de devenir bien plus tard notre Mairie. Elles représentaient probablement l'implantation des premiers habitants de la ville de Grigny. Après avoir effectué dans la foulée, une petite recherche en rapport avec l'architecture du bâtiment sur Internet, nous retrouvons un monastère du même type qui remonte au VII siècle.

Pour confirmer ces hypothèses, il faudrait avoir accès aux archives du clergé. Mais, comme nous le serons plus tard, toute écriture datant d'avant le XVII siècle, reste confidentiel aux yeux de l'église. Il nous est donc impossible d'obtenir plus de renseignements auprès de l'autorité épiscopale du secteur.

Chapitre 5


On finit vite par comprendre les faiblesses du système judiciaire. La seule façon d’avancer dans cette enquête est d’utiliser les mêmes moyens que le grand banditisme.

« Être sans foi ni loi »


J’ai contacté Denis hier soir en lui proposant de venir nous rendre visite le dimanche après-midi. Nous en profiterons pour effectuer le tour de notre belle commune.

Il a accepté instantanément en sachant pertinemment que nos futures discussions aboutiraient nécessairement sur l’agression d’Hélène. Sa connaissance sur le milieu du banditisme lyonnais et toutes ses ramifications semble ne pas avoir de limites.

Au cours de nos différentes soirées, nous les avons souvent abordés. Pour le moment, nous ne lui annoncerons rien au sujet de toutes nos trouvailles avant d’être sûrs que nous pourrons faire poursuivre l’enquête, qui est au point mort depuis trop longtemps. Son statut de responsable l'empêche peut-être de nous en dire plus, surtout si les investigations continuent.

Il est arrivé vers quinze heures avec son garçon Jacques âgé de douze ans, celui-ci a vraiment aimé découvrir Grigny, particulièrement après un petit tour des principales îles où il a pu observer la faune et parcourir les sentiers de randonnée nature. Nous sommes si près de Lyon que l'on a peine à croire que l'on puisse habiter une si jolie petite localité, c'est véritablement la ville à la campagne.

En fin d’après-midi, je lui ai proposé de rester dîner avec nous, son fils était tellement enthousiasmé qu’il a fini par dire oui. Alors que les enfants étaient devant leurs consoles de jeux, nous avons ensemble préparé le repas. J’avais également prévu un bon vin, avec un secret espoir, c’est que cela lui délie un peu la langue !

Nous sommes passés à table vers 20 h et nous étions de retour au salon environ une heure plus tard, nous nous sommes installés confortablement pendant que Cathy et Jacques reprenaient leurs joutes informatisées. J’ai essayé de l’amener progressivement à reparler d’Hélène, maintenant que je sais que si cette agression a eu lieu c’est parce qu’elle a probablement surpris une manœuvre qu’elle n’aurait pas dû voir.

Dites-moi Denis, selon vous, si nous trouvions aujourd’hui de nouveaux éléments , suite aux empreintes relevées le lendemain de la mort de mon épouse qui indiqueraient que le fameux demi-gros — chiite de cannabis soit réellement impliqué dans cette affaire. Pourrait-on le poursuivre malgré son alibi marseillais ?

La réponse est très claire, c’est non, sauf s’il avoue lui-même son geste ou si d’autres découvertes vraiment concordantes venaient corroborer les faits.
Par la suite nous avons progressivement basculé dans la cartographie de la criminalité lyonnaise. Pour en comprendre les ramifications, il faut que je vous explique qu’en France des groupes criminels blanchissent, volent ou proposent du matériel, de la drogue ou des filles, sans pour autant en être à l’échelon de l’implantation définitive. Pour le moment, ils pénètrent discrètement le territoire. Ce qui est incontestable, c’est que les voyous et les mafieux viennent là où se trouve l'argent, et qu'à Lyon il y en a énormément.

On dénombre trois grands pôles, le milieu traditionnel vieillissant et un peu mourant, les pontes des banlieues traduisant un banditisme à la française et puis les nouveaux venus, les étrangers surtout d’Union Soviétique.

En principe, ils oeuvrent en vase clos, mais on commence par recenser des économies parallèles s'effectuant entre bandes, le tout sous la surveillance des caciques de quartier qui régissent ces julots d'habitations collectives de mains de maître.

Comme sont par exemple Rachid Beltranouih et Habib Khaled Hosseini qui s’affairent pour, un certain Mohammed dit le Grand. C'est probablement l’un des plus gros caïds de la drogue à Lyon. Sa spécialité étant surtout l’Héroïne et le cannabis, ses fourgues avec les jeunes de cité sont balbutiants, mais inquiétants.

On commence doucement à se réveiller, les banlieues font peur à tout le monde. Mais expliquez-moi, Denis, ce cannabis, d’où provient-il ? Cela se passe en plusieurs étapes, d’abord la production et la première vente. Il pousse essentiellement dans les montagnes du Rif au Maroc.

Une culture autorisée par le Roi, toute la fabrication est administrée par quelques parrains locaux qui la revendent aux trafiquants, principalement des Espagnols.

Puis s'ensuit le mode de transport, avion, bateau, camion, voiture, et scooter des mers. Ce qui nous ramène à notre noyau de Givordains dont font partie Rachid et Habib, ce sont les relayeurs de la remontée rapide de la cargaison jusqu'à son lieu de destination, direction, les quartiers chauds, là où sont précisément les meilleurs clients. Une bonne équipe n’a généralement que trois voire quatre grossistes qui leur achètent régulièrement de la schnouf.
Au fin du fin, la dernière étape, la distribution aux particuliers. La vente est pyramidale et le nombre d’intermédiaires extrêmement variable. Sachant qu’après le semi-grossiste, on compte au minimum un revendeur, le dealer, avant le consommateur final, ce commerçant détaillant est fortement tenté de couper la marchandise pour faire plus de volume avec moins de produits. Il utilise alors des substances plus ou moins nocives du genre paraffine, colle, henné… pour confectionner son shit qu’il pourra ainsi revendre jusqu’à 4 ou 5 euros le gramme.

Comme vous pouvez voir, ce commerce très lucratif n’est pas près de se ralentir connaissant le contexte économique actuel. Il commence à se faire tard, nous rejoignons les enfants qui sont toujours dans la salle de jeu devant l’ordinateur. Cathy communique de cette façon avec son entourage qui ne comprend pas le langage des signes. Nous avons la surprise de lire sur l’écran qu’elle souhaiterai que Jacques, qui semble très intéressé par le tir à l’arc, puisse venir découvrir cette discipline sportive, une de ces semaines à venir.

Apparemment le sujet a dû être effectivement très étudié, car le bureau sur lequel est posé l’ordinateur est couvert de livres sur l’art des joutes sur cible, dont un rédigé par notre ancien champion Olympique Sébastien flûte. Les cours reprennent demain pour nos deux nouveaux amis. Je leur propose, s'ils sont d'accord, d'organiser une sortie pour dimanche prochain et de faire un saut pour la journée à la maison de Usson en Forez. Nous profiterons ainsi du circuit de tir en campagne. Cette discipline a deux plaisirs, la pratique de cette spécialité et la découverte de la nature, c’est donc autant une promenade qu’un exercice de visée.

Ses caractéristiques, développer l’instinct et les réflexes, apprendre à évaluer les distances. Elle permet de partir en famille ou avec groupe de copains, l’arc utilisé est nu tout simple, comme celui de Robin des Bois. Cette petite remarque fait bondir son fils qui presse son père, en ajoutant instantanément, dit oui papa !

Cathy qui suit la conversation sur leurs lèvres semble elle aussi conquise par la présence de Jacques possible pour un jour le prochain W.E..
Malheureusement, Denis nous annonce qu’il est d’astreinte pour encore deux semaines et qu’il ne pourra pas quitter la région lyonnaise. Les enfants paraissent si déçus que je lui propose, s’il est d’accord bien sûr, de me confier Jacques pour cette fameuse journée, nous le ramènerons directement chez eux en fin de soirée.

Il finit par lâcher, bon c’est OK ! Et en me regardant de rajouter, je crois que ces deux-là se sont bien trouvés, merci pour lui. Nous les avons raccompagnés jusqu’à la voiture, après leurs départs, nous avons préparé les affaires de Cathy pour son absence hebdomadaire. Voilà ! j’aurai dû profiter de cette soirée pour le mettre au courant de toutes nos découvertes, cela nous aurait évité tellement d’ennuis. Je ne me rendais pas encore compte du danger que j’allais faire courir à ma famille en continuant à creuser cette affaire. Après que Denis m'est indiqué, qu’il fût probable que leurs investigations soient arrêtées, je ne désirai pas que tout cela reste impuni.

Hélène était toute notre vie, je voulais que quelqu'un paie, pour cette agression. . Contrairement aux services de police, je compte, si cela ne peut en être autrement, utiliser des moyens illégaux le cas échéant. En clair, les affliger des mêmes façons qu’ils traitent leurs victimes. Après avoir accompagné Cathy à la gare, je refais un peu le point sur les différentes manières que je pourrais employer pour continuer d’avancer. La seule piste cohérente semble être d’essayer de prendre contact avec cette équipe de dealer des quartiers chauds de Givors. J’avais pour cela deux noms à ma disposition, mais comment les approcher ?

Apparemment, l'absorption de cannabis va de pair avec la consommation de tabac si j’ai bien compris la leçon. Je me rends de temps en temps au marché de Givors pour l’achat de fruits et légumes. Depuis que les cigarettes ont tant augmenté, on est souvent dans la foule, abordé discrètement par des jeunes gens qui nous proposent des paquets de Marlboro pour 50 % de leurs prix habituels. Mercredi c’est jour de fondouk. J’ai bien l’intention de marchander quelques-uns de ces produits. Essayer d'entrer en contact, et éventuellement acquérir un peu de cette drogue, le cannabis. Selon Denis, ce dernier est commercé sur le trottoir, quasiment à vue.

Je me rends ce matin-là au marché en survêtement. C’est l’uniforme passe-partout dans le quartier. Après environ une heure de circulation à travers les différents marchands, je remarque un jeune homme qui propose des cigarettes.

Arrivée à sa hauteur, il me fait la même proposition, après m’être inquiété du prix, je lui demande s’il est possible d’avoir 3 ou 4 cartouches. Ma demande ne paraît même pas le surprendre, il m'indique rapidement un lieu de transaction située juste à côté d’un magasin logé en bout de marché. Je retourne d'abord vers ma voiture pour déposer mes sacs contenant mes achats précédents, j’extrais de ma poche la somme en liquide qui correspond à la négociation pour quatre blocs. Arrivé vers l'adresse stipulée, un autre jeune homme présent semble m’attendre. C’est vraiment vrai qu’ils travaillent en bandes très organisées.

Je suis dirigé sur un parking, un gaillard plus âgé me tend les cartouches commandées. Je le paie instantanément en lui signifiant mon intention d'en obtenir de nouveau quatre lots que je viendrai chercher le jour du prochain marché qui a lieu le samedi matin. D’après lui, il n'y a aucun problème. Là, je me risque à lui réclamer un peu de haschich sinon de m'indiquer un revendeur de sa connaissance. Il me demande si c’est pour moi, je lui réponds que non, que mon épouse est très malade et que cette drogue que l’on ne me trouve pas dans le commerce l’aide de temps en temps à mieux vivre sa maladie. Combien veux-tu de barrettes ? Pour deux, c’est combien ? 60 euros, pour moi c’est OK, d’un commun accord le samedi qui vient nous effectuerons la transaction.

En sortant du marché j’ai eu l’impression d’être suivi, alors au lieu de retourner à mon véhicule, je suis parti à pieds jusqu’à un arrêt de bus. Je ne suis revenu récupérer ma voiture que dans l’après-midi. Arrivé au logis, je commence à préparer une suite logique à notre prochaine distribution, mais pour cela il faut que je fasse des repérages sur le terrain. J’ai tout simplement l’intention au cours de la transaction de samedi, de lui dire que je connais Rachid Beltranouih et Habib Khaleb Hosseni.

Le plus difficile est de pouvoir passer le message, je veux qu’une de ces deux personnes me rappelle. Mon choix s'est porté sur une cabine téléphonique qui est située vers la gare de Grigny, sa position me permettrait depuis une maison en cours de construction de visualiser tout le secteur de nuit avec mes lunettes. Cela me semble possible, l’idée étant d’appeler cet endroit à une certaine heure afin de communiquer avec un de ces deux lascars.

J’ai noté sur ce message le numéro d'appel référencé 2214 avec deux indications qui devraient les faire bouger rapidement. J’ai en ma possession quelque chose qui leur appartient. Je connais leur zone de stockage. Je fixe la date et l’heure du contact au lundi vingt-trois heures, à cette heure-là la station est déserte, il n’y a pas d’autres trains avant 1 h 30 du matin.

Samedi, onze heures trente A.M, après avoir directement pris un Gibus, je me rends tout droit au parking où la dernière fois a eu lieu, l’échange. Il me faudra patienter trente minutes, pour voir arriver la camionnette.

J’ai sur moi la somme nécessaire pour cette future négociation et dès sa descente de véhicule je lui donne l’argent et lui me tend un sac plastique dans lequel se trouve l’objet de notre transaction.

Dans l'ultime instant, juste avant de partir, je lui demande de remettre un message à Rachid Beltranouih et Habib Khaleb Hosseni, que je lui glisse également dans la main.

Il paraît extrêmement surpris, instantanément il regarde intensément autour de lui et quelques secondes plus tard je suis entouré de deux autres personnes, heureusement il y a encore beaucoup de monde aux alentours.

L’échange étant fait, je tourne rapidement les talons et en un instant je regagne la foule au marché. En longeant le long de la mairie de Givors, je me dirige maintenant vers l’arrêt du Bus situé vers le port de la batellerie. Personne ne semble m'avoir suivi, après environ quarante-cinq minutes, je suis de retour en ville de Grigny, par sécurité je descends à la halte du village pour rejoindre tranquillement mon lotissement par les petites sentes des Cazardes.
J’ai l’attention de préparer un itinéraire cet après-midi. Je le prendrai pour me rendre le plus près possible à travers bois, pour aboutir au plateau de Millery, vers le sas principal de communication avec les galeries.

Une voie est envisageable depuis les carrières encore en activité, en coupant directement à l’entrée de la commune. En traversant un deuxième lotissement, on débouche sur un tout petit chemin qui serpente le long de la colline pour finir derrière les vignes, qui se trouve à pas plus de 3 ou 4 mètres de mon objectif. Si cela fonctionne, je pourrai couler sans trop de problèmes de la phase 1 à la phase 2 de mon plan sans me faire remarquer. Voilà, tout semble au point, je vais maintenant m'occuper de réserver le stand de tir à l’arc pour la fin de semaine et contacter Cathy par Email. Denis est passé à 9 h ce matin pour déposer Jacques en nous remerciant encore de nous en charger pendant toute la journée du dimanche. Tout était déjà prêt et nous sommes repartis pratiquement au même moment. Lui vers Lyon et nous en direction d’Usson en Forez en passant par l’autoroute A 46 reliant l’entrée de Givors à St Étienne via directement notre maison secondaire située à environ 70 kilomètres. Un peu avant midi nous étions à pied d’œuvre et après un rapide déjeuner nous avons rejoint à 14 h le circuit de tir à l’arc de campagne.

Nous avons passé un agréable après-midi. Nous finissons notre journée devant un petit repas que nous avons pris après réservation dans un restaurant qui se trouve vers la base d’eau aménagée d’Usson très près d’un étang à truite et d’un magnifique terrain de camping. Jacques et Cathy semblent très heureux de leur fin de semaine, la partie chasse a vraiment été mémorable. Il a adoré le tir dit nature qui se fait sur des blasons animaliers, le tracé comprend 21 buttes et les pas de visée sont matérialisés par des piquets de couleurs. On comptabilise les points d’impact des flèches entre zone tuée et zone blessé. Ces mouches sont bien balisées avec des distances parfois inconnues qui variant de 5 m à 60 m selon la grandeur de la cible. Chaque archer tire 3 sagettes par étape du parcours, soit un total de soixante-trois.

Je n’ai fait que les accompagner, car Jacques a utilisé mon arc toute l’après-midi et a même fini sa journée avec un score tout à fait honorable. Nous lui avions au préalable enseigné les premiers gestes du tireur devant notre maison qui est équipée d’un petit pas de tir d’environ 15 m. À 22h30 nous étions de retour à son domicile lui et après nous être assuré de la présence de son père dans son appartement nous sommes directement rentrés chez nous.

À peine arrivé le téléphone sonnait, c’était Denis qui regrettait que nous ne soyons pas montés avec Jacques, nous remerciant encore de l’avoir pris en charge toute la journée. J’en profite pour l’avertir que son fils devrait prochainement avoir un joli bleu dans la face interne de son membre. Nous avions prévu pour lui une protection de type bracelet et un plastron pour lui éviter lorsque la corde de l’arc est lâchée de se blesser. Dans le feu de l’action, comme tous les néophytes son renfort a glissé et malgré qu’il ne se plaigne pas, j’ai vu que son intérieur de bras était bien rouge. Après lui avoir proposé de venir lui aussi faire un tour à la campagne dès qu'il serait disponible.

Dans quelques semaines nous arriverons à la saison des premiers champignons, cela pourrait être l'occasion pour réunir nos deux larrons et passer ensemble une bonne journée. Vous pourrez également faire la connaissance de mes voisins, un couple très sympathique. Jean-Jean est un personnage tout en couleurs, à la fois bûcheron, mécanicien, pêcheur, chasseur, etc.. Sa compagne Dani tenait autrefois un petit café, ce qui explique sa manière toute particulière de savoir recevoir. Ils ont un seul défaut, celui de vouloir garder secret le lieu de ramassage de certaines espèces. Je n'avais pas connaissance à ce moment précis que c’était la dernière fois que je lui parlerai et que je reverrais plus Jacques hors de l’enquête administrative qui suivra.

Chapitre 6


Voilà, notre choix est fait, nous serons dans l’illégalité la plus totale sans oublier une chose essentielle dans cette détermination, aboutir absolument à plus de justice. De ce fait toutes les actions qui seront effectuées à présent auront nécessairement un impact important sur l’avenir de notre famille.

J’ai passé une grande partie de la journée à faire des préparatifs pour la soirée. Il est 21 h 30, la nuit est tombée, je suis équipé comme d’habitude pour effectuer une surveillance depuis la cabane de l’observatoire de la nature, j’ai également pris mon arc et mon couteau en cas de besoin.

À 22 h j’étais en position sur le toit de la maison en cours de construction, complètement étalé sur les tuiles avec mes jumelles à vision nocturne pointée sur la cabine téléphonique de la gare. Je monte mon propulseur composé de 3 parties distinctes, je tends la corde, j’accroche trois flèches dans le réceptacle qui leur est réservé sur le montant. Je pourrai ainsi, en cas de surprise tirer à la volée très rapidement, sans être obligé d’utiliser le carquois.

Pour l’instant, pas un quidam sur le bitume ! Je saisis l’opportunité pour faire un essai d’appel en direction de la cabine depuis mon portable. J’entends d’ici distinctement la sonnerie, c’est un isoloir à tous les vents, à l’ouverture voilée. À partir de cet instant, je n’ai plus qu’à attendre.

22 h 30, une voiture grise type BMW passe doucement dans la rue longeant le parking de la gare, s’éloigne un moment, puis finit par revenir se garer à environ 50 mètres.

Ils semblent être deux et en avance sur l’horaire indiqué. Ils descendent en ouvrant également la porte arrière pour laisser sortir un gros chien muselé.

À 23 H pile je refais le numéro, un des deux gaillards se déplace, rentre dans la cabine, décroche. Et là je lui dis le plus silencieusement et calmement possible « je t’attends à l’entrée du souterrain dans 30 min » et je raccroche.

S’ils partent dans la bonne direction, c’est forcément eux qui sont à la base de toute cette histoire.

La voiture redémarre maintenant, un des deux individus reste à proximité, l’autre qui a répondu au téléphone est au volant avec à l’arrière le chien.

Pour moi c’est le stop de la phase deux, rejoindre le plateau de Millery par les carrières. Je descends du toit, sors de la maison, pénètre sur le parking au pas de course et je remonte le long de la berge. À cette heure ci pas de problème les chemins réservés à la pratique du VTT sont vides pour la simple raison qu’il n’y a pas d’éclairage. Je traverse la voie ferrée au niveau de l’entrée de la carrière, commence à monter le petit sentier qui chemine jusqu’au sommet . Arrivé à l’orée des derniers arbres je me trouve à environ deux cents mètres de la maison en ruine ou se situe le sas de la galerie principale.

Apparemment personne de présent pour le moment, je sors les lunettes et j’attends.

Au bout de quelques minutes je vois distinctement mon homme à pieds avec son rottweiller qui n’a plus de muselière se diriger droit vers les ruines, cette fois pas de doute. Il soulève la poutre de bois pour accéder au système d’ouverture.

Je peux passer à la phase trois : essayer de l’entraîner derrière moi pour l’immobiliser et l’obliger à parler.

Depuis mon point d’observation, j’éclaire d’un coup ma lampe torche. Quasi instantanément le molosse bondit dans ma direction. Je dégringole dans la pente sur quatre à cinq mètres, met genou à terre l’arc pointé dans son sens d’arrivée probable. C’est un tir au jugé, la flèche le pénètre juste au dessus du muscle de la patte de gauche, droit au cœur avec une force très importante, car il était sur sa lancée presque à bout touchant.

À part le bruit de la corde suivi de celui de l’impact du corps de l’animal sur le sol, le silence est revenu. Quand j’ai mis l’arc en tension maximale, pendant les deux ou trois secondes pendant lesquelles j’ai attendu son arrivée, j’ai surtout pensé à mon chien Ouragan. Il s’était probablement fait égorger par un mâtin de ce type qui était maintenant sur le chemin devant moi, complètement transpercé par le trait.

Par habitude j’ai immédiatement remis une flèche en encochage et je me suis reculé de quelques mètres pour avoir plus de visibilité. C’est là qu’il est arrivé avec quelque chose à la main. J’ai légèrement paniqué, lâché la corde avec comme point de mire le sommet de la cuisse droite. Il s’est effondré presque instantanément en râlant.

Je me suis alors approché de lui, il semble avoir très peur, c’est vrai qu’il ne pouvait voir que le haut de mes yeux tout le reste étant parfaitement camouflé sous mes vêtements sombres et ma cagoule rabattue sur mon crâne.

J’éclaire la scène, deux mètres devant lui, un pistolet est sur le sol. Je le ramasse, c’est une arme grise de marque Pietro Beretta gravée sur le long du canon, je le glisse dans mon sac à dos et je me rapproche plus de lui pour juger de son état.

Il saigne apparemment beaucoup, j’ai probablement dû atteindre une veine ou une artère, je me penche sur lui et lui intime l’ordre de ne pas bouger ;

Il faut impérativement que je lui fasse un garrot ou il va se vider de tout son sang.

Je découpe avec mon couteau la ficelle qui entoure la cagoule de son blouson. Je la positionne en haut de la cuisse et à l’aide d’un morceau de bois, je tourne le plus vite et le plus fort possible, sa blessure n’exsude plus, elle s’arrête instantanément de couler.

Après l’avoir secoué plusieurs fois, il reprend maintenant connaissance, mais semble vraiment très faible.

Je commence comme je l’avais prévu par l’interroger sur le jour de l’agression de mon épouse, il ne me répond même pas.

Devant ces yeux horrifiés, je desserre le garrot en lui disant que s’il ne me parle pas il est mort! Par saccade le sang s’écoule de nouveau.

On se croira de retour au moyen âge, je le soumets à la question. Il sent que je suis prêt à tout, il cède et raconte cette dramatique nuit de juin.

« À la tombée de la nuit, nous avons décidé d’opérer rapidement un prélèvement de drogue dans le stock situé au fond de la galerie. Mon rôle était de me trouver vers 21h 30 à proximité du tuyau d’évacuation et de commencer à faire passer les ballots de cannabis à l’aide de la rallonge dès que j’aurai son feu vert par l’intermédiaire de son portable.

À l’heure prévue, j’ai fait les premiers passages sans problème. J’ai brusquement entendu un éboulement juste derrière moi. J’étais surpris de m’apercevoir que le côté de la galerie commençait à s’effondrer. Je me suis immédiatement reculé le plus loin possible, la voûte s’écroulait complètement. Là, j’ai essayé de contacter Rachid qui lui était coté Rhône pour récupérer la marchandise avec une barque. Les communications ne passaient plus et l’air était rempli de poussières, j’ai immédiatement fait demi-tour.

À l’extérieur j’ai pu enfin le contacter pour lui annoncer le problème, il m’a dit de rentrer immédiatement sur Givors, il avait lui aussi eu de son côté un gros souci.

Plus tard lorsque nous étions tous les deux réunis, nous avons déposé nos ballots en lieux sûrs avant de les faire transiter tous les trois ou quatre jours chez des amis pour éviter des carottes. Il n’est pas rare que des jeunes du même quartier se braquent entre eux et nous voulions éviter cela.

Par la suite il m’a expliqué qu’au cours du repêchage un chien est apparu à proximité de la barque, celui-ci commençait à japper fortement. Pour cesser les aboiements, il avait lâché son chien, il avait également cru apercevoir une ombre dans la cabane située juste à proximité.

C’est à ce moment-là que l’incident est arrivé, apparemment il avait durement frappé une femme, peut-être à mort.

En partant, il a emmené le corps du chien pour l’abandonner quelques centaines de mètres plus loin sur le fleuve. »

Ce Rachid il est ou maintenant ! Il ne répond qu’après ce grave problème, il est parti rapidement dans sa famille à Marseille pour se procurer un alibi ou plus si nécessaire. Effectivement comme prévu une enquête a été menée, ses parents et amis l’ont couvert.

Trois mois plus tard suite à la relance incessante de notre fournisseur qui voulait récupérer le reliquat de la drogue, il a préféré disparaître au bled.

C’était lui le responsable de notre petite équipe, nous n’étions pas censés connaître toutes les ramifications du circuit, surtout le lieu de stockage. Nous avions ce soir là interverti notre rôle qui nous était imposé par le Caïd du groupe, un ancien du Kosovo dit Vasco.

Il réside ou ton Vasco ? La seule chose que je sais c’est qu’il gère plusieurs boîtes de nuit à St Jean, dont l’Exilé situé vers la Cathédrale.

Il n’ira pas plus loin dans ses explications, sa tête glisse sur le côté, ses yeux se ferment. Il semble avoir de nouveau perdu connaissance.

Apparemment il respire bien, je ramasse mes affaires au sol, surtout ma lampe torche que j’avais lâchée précipitamment suite à l’assaut de son chien.

J’arrive difficilement à enlever la flèche de l’animal, je suis obligé de me servir de mon couteau.

Par la suite je le porte sur une dizaine de mètres, le fais rouler et disparaître dans un ancien trou plein d’eau du chantier d’exploitation que nous surplombons.

Maintenant il faut que je m’occupe de soigner mon lascar, d’après son récit il n’a pas participé à l’agression ce soir-là. Il n’est heureusement pas très lourd et le chemin est en pente douce.

Après l’avoir chargé sur mon épaule, je descends tout doucement avec pour objectif de le déplacer le plus loin possible de la carrière. Je le laisserai sur le bord de la route qui mène à la pomperie du Rhône située aux alentours de la tour de Millery. Après bien des efforts, je suis sur place et je le dépose à terre.

Il se plaint dans son inconscience, à ce moment précis son téléphone portable sonne. Je le récupère dans sa poche de blouson, l’actionne pour mettre fin à la sonnerie. Dans la foulée, je l’utilise pour avertir le service de secours. J’indique qu’une personne blessée est présente sur la route qui relie Grigny à Vernaison, je raccroche.

Impossible de lui retirer la flèche sans causer plus de dégâts. Je ne peux pas le laisser sans soins, pourtant je sais qu’à partir de cet instant, il me reste peu de temps de liberté.

Tout au long du trajet j’ai pesé le pour et le contre de cette situation dans laquelle je m’étais fourré.

Non seulement j’avais probablement blessé gravement un délinquant, peut-être sans lien avec le décès de mon épouse. J’avais de surcroît mis en danger toute ma famille en voulant absolument avancer dans cette affaire.

Maintenant il fallait payer la note, avant tout, essayer de calmer cette équipe de dealers en leur rendant leurs cames. Ensuite, informer ma sœur du pétrin dans lequel je me suis fourré afin qu’elle prenne en charge Cathy en fin de semaine à la sortie des cours. Toutes mes actions engendreront de gros problèmes à venir.

C’est fou, mais je me sens très calme, j’ai vraiment l’impression que ces solutions hâtives sont une suite logique de toute cette histoire. Dans le feu de l’action, on ne se rend compte de rien, on est prêt à tout.

Moins d’une heure plus tard, après être retourné à la maison, je me suis changé. J’ai lancé une recherche internet sur la fameuse boîte de nuit indiquée par le sieur Habib, récupéré au garage la drogue que j’avais rangée dans un sac noir que j’utilise d’habitude pour me débarrasser des encombrants, chargé la voiture.

Je roule à présent en direction de Saint-Jean, après m’être arrêté quelques instants chez ma sœur à Perrache pour lui donner quelques directives. Il s’agit surtout lui faire comprendre qu’il y avait de fortes probabilités qu’elle soit, si elle le voulait bien sûr, prendre en charge Cathy pendant un temps indéfini. Je suis maintenant stationné sur le bord de Saône, sur les quais. À proximité du cabaret l’Exilé qui est situé pile dans le secteur indiqué. C’est la seule boîte de nuit du coin portant ce nom.

Après avoir repéré exactement l’emplacement, j’attends la fermeture pour me manifester.

Mon idée est de restituer le sac de drogue au moment du départ des dernières personnes. J’ai simplement notifié, «je vous rends votre bien» ajouté, «Kader-Habib», sur un morceau de carton en le glissant à l’intérieur.

Par une réflexion rapide, j’étais arrivé à la conclusion suivante, du côté gendarmerie le processus d’enquête allait de manière inévitable m’amener bon nombre de problèmes, voire même me conduire immédiatement à la prison. Face aux trafiquants, cela pouvait être encore plus préoccupant. Ils pouvaient eux s’en prendre directement à ma famille.

La deuxième personne, qu’Habib avait laissée vers la Gare à guetter son retour ou l’arrivée d’autres individus, était certainement en train d’avertir son dirigeant ainsi que toute l’ équipe .

Après mettre déplacé plusieurs fois, je constate que la porte de l’établissement est ouverte et coincé avec une chaise. Voilà, c’est le moment, mon cœur bat très vite, il faut que je me calme. Je récupère le sac dans le coffre, remonte l’escalier du quai, traverse la rue et rentre directement dans le sas de la boîte de nuit.

Le sol est en cours de nettoyage et une personne au comptoir du bar surprise par cette intrusion me dit que c’est terminé pour cette nuit et fermé. Je lui réponds simplement que je dépose un colis pour son patron, je glisse l’emballage à terre dans sa direction en repartant aussitôt. J’entends qu’il me demande plus d’explication. Sans même me retourner, je fonce à l’extérieur, tout en espérant que le paquet arrivera bien à son destinataire. Deux minutes plus tard, je suis sur le chemin du retour.

Pour le moment rien d’anormal devant mon lotissement, je me gare il est 6h00. Je m’installe au salon encore sous le choc de tout ce qui vient de se passer en si peu de temps. Maintenant je me sais plus quoi faire, avertir Denis ?

Je ne me suis pas posé la question longtemps, la sonnerie de la porte se déclenche, à l’ouverture une équipe de policiers en tenue pénètre brutalement dans la maison.

Chapitre 7


Mon acharnement dans cette affaire m’a permis d’aboutir à un résultat peu glorieux, malgré se sentiment de vengeance assouvi je ne me sens pas mieux. Il me faut maintenant payer le prix fort, celui de ma liberté.

Deux heures plus tard, j’étais dans les locaux du commissariat de Givors. Suite à l’appel au 112 pour récupérer Habib, une ambulance est dépêchée sur les lieux. Constatant la blessure par flèche, l’ambulancier a immédiatement averti les services de police.
Je suppose qu’avec l’identité de la victime et toute la résonance médiatique effectuée autour l’agression d’Hélène, qu’ils ne leurs avaient suffi que de quelques coups de fil pour identifier l’auteur des faits.
J’ai été interrogé dans un premier temps par le commissaire, qui après avoir relevé au fur et à mesure mes réponses m’a fait relire et signer le procès-verbal.
Il n’avertir par la suite que compte tenu de la gravité des actes, j’allais normalement être mis en examen et présenté devant le juge qui instruira l’affaire.
Nous avons ensuite quitté ces locaux pour nous rendre à mon domicile, une perquisition sera effectuée, en ma présence.
Sur les lieux c’est une vraie fourmilière, tous les éléments qui leur semblent avoir un lien avec cet homicide sont alignés dans la salle de jeu.
Ordinateurs, portables, GPS, matériels complets d’archers, photos et plan technique des galeries élaborés au cours de mes investigations.
Sera également trouvé le blouson d’Hélène et les bijoux ainsi que le sac à dos contenant les jumelles, la lampe torche et surtout le pistolet Beretta.
Sur place sont arrivées deux autres personnes que l’on m’a présentées comme étant le procureur et son substitut.
Nous sommes repartis en fin d’après-midi en direction du bureau du juge pour une comparution immédiate.
Après un rapide rappel des faits, il m’a signifié ma mise en examen.
Un gardien de la paix du palais de justice a été appelé pour me conduire momentanément en cellule d’attente.
On m’avertit que je pourrai faire appel à un avoué d’ici 48h, qu’entre temps l’interrogatoire et l’instruction de l’affaire commenceraient à avoir lieu.
Effectivement deux jours plus tard je recevais la visite de mon avocat que ma sœur avait mandaté.
Il était porteur d’une très mauvaise nouvelle. Habib Khaleb Hosseini est décédé dans la nuit.
Concernant l’aspect judiciaire, le niveau pénal pour crime dépend de la cour d’assises. Cela fait partie des infractions les plus graves, d’après lui, l’ensemble des éléments annonce une situation des plus compliquée.
Il me faut maintenant répondre à toutes ces questions, faire avancer avec lui la constitution de mon dossier.
Compte tenu de la tournure des faits, le juge au cours de notre troisième entretien me signifie que je serai momentanément incarcéré à la maison d’arrêt de Saint-Jean pendant le temps nécessaire à la poursuite de l’enquête.
Prison ! Ce mot résonne dans ma tête. D’après ce que l’on dit des lieux, l’ambiance est tellement difficile que l’on compte un suicide tous les trois jours. On parle aussi de cellule surchargée, de viol…. Là, je commence vraiment à paniquer.
Je prends conscience, à quel point j’ai été fou de vouloir, en quelque sorte, me venger, de la mort de ma femme.
Une semaine plus tard, j’étais effectivement incarcéré dans une geôle avec trois autres détenus, après avoir subi la plus grande honte de ma vie au cours de la procédure dégradante d’admission de la prison.
J’arrive maintenant dans un vaste couloir en forme d’U, tout le rez-de-chaussée et deux niveaux supérieurs sont réservés aux différents cachots. On me dirige au premier étage avec toutes mes affaires et nous rentrons dans la deuxième cellule à droite de l’escalier.
Je me retrouve dans un réduit d’environ huit ou neuf mètres carrés, équipé de deux paillasses superposés, deux armoires, d’une table et deux chaises. Sur la gauche se trouve un lavabo juste à côté de la cuvette de toilette. L’ensemble est séparé du reste de la salle par un simple rideau. La cellule est éclairée par une fenêtre pourvue d’énormes barreaux donnant côté cour.
Le gardien me désigne d’office la dernière couchette qui semble disponible, m’indique la part du casier de rangement qui m’est réservée, il me rappelle quelques règles pénitentiaires avant de se retirer en verrouillant la porte derrière lui.
Sur la table une petite télévision est en service. Dans le violon il y a déjà deux détenus, l’un des deux se propose de m’aider à m’installer.
Il se présente « Frank », l’autre est affalé sur son lit et sans lever sa tête de son livre me lance, moi c’est « Alexandre ». Je saurai un peu plus tard que la troisième personne « Homar » se trouve momentanément à l’infirmerie.
Quelques jours seront encore nécessaires pour que je puisse m’inclure dans le groupe que forment tous les occupants avec qui je partage le cachot.
Dès le début j’ai commencé à recevoir des colis en provenance de la famille. J’ai maintenant pris l’habitude d’assurer la répartition de mes envois, cela semble être apprécié, mais sans plus.

Au cours d’une visite, Carole me dit avoir trouvé dans sa boîte aux lettres une enveloppe à mon nom contenant 500 euros. Avec une note qui indiquait qu’il fallait envoyer cet argent par mandat à l’économe de la prison en spécifiant que ce montant sera à mettre à ta disposition pour améliorer l’ordinaire.
Renseignements pris auprès de mes codétenus, ils me confirment qu’effectivement il est toléré en passant par les gardiens via le gérant, de « Cantiner » sous forme d’achats divers pour obtenir ainsi nourritures ou autres.
Pendant tout le temps que j’ai passé enfermé, une somme du même ordre était déposée toutes les quatre ou cinq semaines.
Carole s’est renseignée pour savoir si cela provenait d’un membre de la famille, apparemment non !
Tous les deux à trois jours, je suis emmené menotté dans le bureau du juge et là progressivement l’instruction est montée. Au fur et à mesure des faits relatés, nous avançons inexorablement vers une mise en application maximum ; je ressors toujours complètement démoralisé de ces divers entretiens.
En fin de compte, la vie en prison est vraiment très difficile à supporter. Il y a bien sûr la promiscuité, les locaux vieillots, les repas particuliers. Moi ce que je crains surtout c’est la nuit, toutes ces rondes, tous ces cris.

Le personnel, les mâtons comme ils « disent », me semble parfaitement correct, en revanche les différents prisonniers que je rencontre de temps à autre en me déplaçant au travers des coursives m’effraient avec leurs façons de me dévisager. Je pense parfois que si quelqu’un voulait s’en prendre à moi, suite à mon acte sur Habib, cela serait possible même en prison.
Je lis beaucoup lors des promenades dans la cour. J’ai toujours un livre avec moi. J’aime m’asseoir sur un banc, mes lunettes constamment sur le nez. Je feuillette, tout en discutant du sujet avec Frank. C’est le compagnon de chambrée pour qui j’ai un peu plus d’affinité.
C’est au cours d’une de ces sorties qu’il s’est passé quelque chose de bizarre.
J’étais comme d’habitude en train de lire tranquillement en marchant. Lorsque deux détenus se sont approchés promptement vers moi. Immédiatement Homar et une autre personne les ont rapidement et brutalement bousculés. Mes deux assaillants sont repartis tête basse. Tout ça sous l’œil d’un surveillant qui n’a pas bougé. J’ai même eu l’impression d’un sourire de connivence de sa part.
La fois suivante, ce fut dans le secteur des douches. À la sortie, je suis tombé nez à nez avec Homar et son copain qui semblaient m’attendre en montant la garde.
Maintenant je suis sûre que je suis surveillé et surtout sous la protection de mon collègue de cellule aidé par d’autres détenus. C’est presque toujours le même scénario, à chaque fois que je m’installe ou me déplace dans la cour deux à trois types
encadrent le terrain ou je me trouve. Tout cela me fait un peu peur.
J’ai progressivement pris une mauvaise habitude, à présent je fume, même beaucoup trop.
Tout au long des différents interrogatoires, je n’ai jamais parlé de mon passage par le cabaret l’Exilé. Pour le juge la drogue a été récupérée par le deuxième homme au cours de la nuit. J’avais spécifié que pour attirer Habib dans la galerie, j’avais déposé le sac vers le sas de la cabane en ruine. D’où la probabilité d’un retour de cet individu qui se le sera réapproprié.
J’ai cet espoir que le cannabis soit entré en possession par son propriétaire et qu’il n’y aura pas de suite fâcheuse de leur part. Mais je reste constamment sur mes gardes.
Les semaines passent rythmées par la suite des investigations et les visites enfin autorisées de Cathy et Carole. Quand tombent de meilleures nouvelles concernant mon dossier d’après mon avocat . Les résultats d’ADN trouvé sur le blouson d’Hélène confirment qu’en plus de son sang, il a été relevé la présence de celui de Habib, ce qui démontrera que c’était bien lui l’agresseur. Suite à ce résultat, le juge a ordonné la fouille de l’appartement ou il vivait avec ses deux enfants. De plus d’un dépôt de matériel volé important, il a été également saisi des bijoux. Au cours de la perquisition, un policier a aussi récupéré aux doigts de la conjointe d’Habib quelques bagues, dont une chevalière qui pourrait être celle que l’on a prise sur votre épouse la nuit du drame. Lors de votre prochain passage chez le juge on vous demandera de confirmer s’il s’agit bien de la même.

Nous abordons pour la énième fois mes déplacements dans les galeries et surtout la découverte de ce tableau très ancien. Après expertise il s’avère être une pièce d’antiquité qui date du XV siècle et serai directement attribué à un artiste peintre de l’époque Jean Fouquet.

On me fait savoir que la commune ne se porte pas partie civile dans cette affaire, ce qui d’après mon avoué, est une bonne nouvelle pour la suite des évènements.
Trois jours plus tard, j’étais de nouveau en entretien en présence de mon avocat et j’ai effectivement reconnu instantanément la chevalière.
Le juge m’a alors annoncé que l’instruction était pratiquement terminée. Qu’à la suite des différentes investigations, après avoir également épluché toutes les communications téléphoniques, l’enregistrement du parking de la gare de Grigny. À cela s’ajoute le fait que j’ai appelé les secours pour faire soigner le sieur Habib. La décision a été prise de changer les charges retenues contre moi.
Homicide involontaire diminué par une suspicion de légitime défense du fait que la personne qui vous poursuivait était armée.
Après deux semaines d’incarcération, je quittais la prison Saint-Jean pour celle de Mions en attendant une délibération de justice, la demande par mon avocat d’une remise en liberté sous contrôle judiciaire en attendant mon procès en assise.
Trois mois plus tard après quelques recours, j’étais enfin dehors avec une autorisation de résider dans le Forez à Usson dans ma maison de campagne pendant tout le temps d’attente de mon jugement. J’ai préféré être momentanément le plus loin possible du secteur ou avait eu lieu toute cette histoire et d’après mon avocat, il fallait absolument faire profil bas et éviter tout lien et discutions avec mes anciens voisins et habitant de Grigny. Surtout ne pas communiquer avec la presse.
Le lendemain du jour de mon arrestation, j’avais eu droit à un article dans la rubrique faits divers dans différents journaux, mais très rapidement suite à l’instruction en cours aucune suite journalistique n’avait été donnée. Usson est un petit village très calme, notre retour n’a choqué personne. Nous avons pu reprendre une vie presque normale si ce n’est que mon assignation à résidence dans la commune m’obligeait à me rendre une fois par semaine au service de police pour parapher ma présence. Interdiction de quitter la région, et ce, jusqu’au moment du procès.
Cathy me rejoint toutes les fins de semaine, c’est fou ce qu’elle a grandi, c’est une très jolie jeune fille à présent. Pour nous même le tir à l’arc est interdit alors nous passons nos journées en promenades, ramassage de champignons, pêche….Nous retrouvons une vie presque normale.
Nous avons été contactés une ou deux fois par téléphone, probablement des journalistes, je raccrochais dès qu’ils se présentaient en demandeur d’information, j’avais pour ça des consignes strictes de la part du Juge.
Environ un an après ma libération j’ai enfin eu la date du début de mon procès. D’après mon homme de loi, tout danger de réincarcération n’était pas à écarter, mon dossier était lourd et surtout plein de zones d’hombre, la tâche n’allait pas être facile.
Par le biais de mon avocat, j’ai demandé à être assigné à résidence sur la commune de Grigny pendant le temps que durera le déroulement de l’instruction de l’affaire.

Chapitre 8


J’ai simplement voulu connaître et punir les personnes responsables du décès de mon épouse. Tout ça dans l’illégalité la plus complète parce que je savais que c’était le seul moyen possible. Je vais à mon tour être jugé pour un acte inqualifiable, mettre substitué au système judiciaire.

Palais de justice de Lyon nous sommes début juin et je vais enfin être jugé en assises.
Lundi matin nous nous installons dans la salle d’audience avec Cathy et notre avocat qui se rend vite compte de notre anxiété.Il tente de nous rassurer pourtant je suis accusé d’homicide involontaire aggravé je comparais libre après une année de détention provisoire.

IL règne un silence de plomb dans le tribunal, les parties adverses entrent à leurs tours.
Le procès va pouvoir commencer, on entend distinctement annoncer « La cour » l’ensemble des personnes se lève. Le président accompagné de ces deux conseillers apparaît, l’un en robe noire l’autre en rouge, ils ont procéder au tirage au sort des neufs jurés ; six hommes, trois femmes.
J’ai l’impression que tous les regards se tournent vers moi, j’ai du mal à m’exprimer pourtant le président essai de me mettre en confiance en me posant des questions simples. Alors là, doucement, progressivement je raconte mon l’histoire avant le drame puis le déroulement des faits jusqu'à ce jour.
Cathy se présente à son tour à la barre en présence d’un interprète et fait le récit de tout ce dont elle se souvient ,depuis sa plus tendre enfance jusqu’à aujourd’hui.
L’épouse d’Habibe Madame Raîssa Khaleb Hosseini qui s’est portée partie civile prend la place de Cathy et commence à décrire sa vie ainsi que son dénuement après la mort de son mari.
Tous ces discours sont entrecoupés de longs silences pesants. On a droit à tous les détails, même les plus difficiles.
L’avocat général interviendra de nombreuses fois pour confirmer des théories.
Mardi matin plusieurs témoins à charges et à décharges se sont succédé à la barre du tribunal.
Selon certaines réponses les jurés semblent touchés, les soupçons sur ma culpabilité s’estompent, d’après mon avocat le procès donne l’impression de basculer.
Mercredi c’est le début du jeu des plaidoiries, pour moi c’est le choc ,il exige que je sois condamné à une peine de prison de cinq ans ferme. Il parle sans discontinuer de loi du talion, d’autodéfense, et surtout d’exemple néfaste. C’est un réquisitoire très dur, pourtant il avait exprimé ses doutes.
L’avocat de la femme d’Habib prend le relais pour jouer sur l’émotion .en discutant des enfants maintenant sans père. Avec des mots difficiles en parlant de moi »cet homme est dangereux et était prêt à faire m’importe quoi pour venger son épouse »
Maintemant c’est au tour de mon juriste qui va pointer chaque incohérence de ce dossier. Il est percutant et il regarde tour à tour les différents accusateurs.
Puis il se tourne une dernière fois vers les jurés »si vous avez le moindre doute, vous ne pouvez pas le condamner «Monsieur le procureur lui-même vous a dit au cours de ce procès qu’il doutait de sa culpabilité »
La phase résonne dans la pièce et il va conclure en réclamant la relax immédiate.C’est la fin des plaidoiries. Le public quitte la salle d’audience alors que la cour se retire pour délibérer.
Mercredi après midi, délibération. Dans la salle des pas perdus, la tension est très forte, nous sommes immobiles sur un banc, notre avocat tourne en rond. Pas un bruit, mais des regards inquiets.
« Coupable », proclame le président qui vient juste de s’asseoir pour annoncer le verdict, vous êtes condamné à trois ans de prison dont deux avec sursis.
Votre détention provisoire étant déjà égale à une année, je prononce donc le relax immédiat.
Coupable, mais libre, ses phrases résonnent dans ma tête et je tombe dans les bras de Cathy, on est, en pleure. Trois jours sous tension et au final une impression étrange comme si un mot, un rien avaient pu changer encore le cours de notre destin.
À l’extérieur du palais, un journaliste nous interpelle, en prenant des clichés.
Nous remercions notre avocat qui en profite pour nous avertir que la demande de la femme d’Habib a été déboutée suite à son implication pour vol et recel dans cette affaire.
Je vais avoir de gros frais de justice à payer, cela ne sera pas facile. L’important aujourd’hui, c’est que je sois libre et que nous puissions recommencer à vivre, à se reconstruire tous les deux.

Dans la foule alentours je remarque des têtes connues, moi qui ne croyais bien seul dans toute cette histoire, eh bien non ! C’est vrai que je suis résident dans ma commune depuis plus de vingt ans.
J’essaie même de me rendre utile en collaborant au mieux à la vie du village. Depuis mon départ à la retraite, je participai au Service Démocratie participatif en tant que membre actif du conseil de quartiers.
Apparemment toutes ces personnes semblent m’attendre .je reconnais à ce moment-là plusieurs de mes anciens voisins, un élu, le responsable de la maison Hosotte, ainsi que quelques adhérants de l’association Les Amis du Vieux Grigny. Tous me disent être très heureux du dénouement du procès.
Le patron du restaurant le Cabanon est également là et nous propose de fêter les circonstances ce soir autour d’une table, dans son établissement.
Après quelques poignées de main,un rendez-vous est pris avec mon avocat pour la suite des évènements.
Nous repartons ensuite avec Cathy et Carole direction Grigny, pour rentrer chez nous nous longeons les quais de Saône jusqu’à la Mulatière lorsqu’un véhicule derrière nous déclenche un appel de phare. C’est une Berline noire qui 100 mètres plus loin refaits la même manœuvre je me gare et il s’arrête.
Deux personnes descendent et se dirigent vers nous. Je sors également de la voiture de Carol.
Un premier homme s’approche de moi, il a environ 35/40 ans de type russe, un costume noir très classe avec un pull en V d’apparence très joviale.
Il ne félicite et me donne une enveloppe en me disant qu’il ne pouvait pas effacer tout ce qu’il s’était passé, mais voulais absolument me dédommager.
Depuis le début de notre entretien, je suis mal à l’aise, alors pour avoir plus de contenance, j’extrait une cigarette de mon paquet. Instantanément la deuxième personne me tend un briquet avec lequel je l’allume.
Je suis en train de me rendre compte que j’ai devant moi, probablement un truand. Il me raconte que depuis mon arrivée à la prison Saint-Paul il s’est assuré que je ne manque de rien et que je reste en sécurité pendant tout le temps de mon incarcération.
Maintenant il veut absolument me faire prendre cette pochette. C’est dit-il pour vous aider vous et la petite, c’est le moins que je puisse faire.
C’est pas très moral d’accepter sa proposition, mais dans toute cette histoire rien n’est normal, alors je tends le bras, récupère l’enveloppe et exquise un remerciement.
Déjà à travers les volutes de fumée de ma cigarette je les vois s’éloigner, remonter dans leur berline et partir dans le flux de la circulation.
Je suis de nouveau dans la voiture de Carole, j’ai toujours dans la main droite le briquet, c’est un objet de publicité, on peut lire, imprimé sur la plastique
"L’Exilé Club privé quai Pierre Size".
L’enveloppe contenait une somme importante, elle nous énormément aidés à faire face aux frais de justice et honoraires de mon avocat.

Il est 2OH00, nous sommes tous attablés dans la salle panoramique qui surplombe le Rhône.

C’est vraiment un magnifique restaurant, il est situé au croisé des chemins de découvertes de la nature, du plan de planche à voile et de mise à l’eau des différents bateaux, ainsi qu’un accès au bassin de Joutes.
C’est un lieu de passage habituel pour tous les promeneurs et les vététistes, la gentillesse de la réceptionniste en font une escale obligatoire le temps d’une boisson ou d’une glace. Pour les repas, il faut mieux réserver sa place.
En période estivale nous pouvons même observer depuis les baies vitrées, des voiliers jetés leurs ancres à quelques encablures.

Nous avons passé une merveilleuse soirée devant un petit déjeuner offert par le patron du restaurant le Cabanon.



EPILOGUE

Trois ans ont passé j’ai eu droit bien sûr à quelques articles pas très sympathiques dans la presse avec en prime un compte rendu de mon procès. Le tout dans un hebdomadaire dont la spécialité est la chronique judiciaire, qui était censé raconter mon histoire, avec un titre aguicheur du genre « La vengeance sanglante de l’archer noir » avec dessins à l’appui.
J’ai beaucoup repensé à ma conduite, à mon geste, ai-je vraiment voulu me venger. Appliquer comme l’avait souligné le Procureur cette fameuse loi du Talion « Punition de l’offense par une peine de même ordre ».
J’avais certes puni de ma main le responsable de la mort de mon épouse, mais en fin de compte c’était simplement suite à un concours de circonstances. Maintenant je ne me sens pas mieux. J’aurais voulu bien sûr que le coupable paie son geste, mais il laisse malheureusement une femme et deux enfants derrière lui, ce qui me fait énormément culpabiliser.
Malgré ce drame, nous sommes restés sur la commune après en avoir beaucoup parlé avec Cathy. Ici c’est chez nous, partout autour de nous ou que l’on porte notre regard que se soit dans la maison ou à l’extérieur. Il y a toujours un souvenir, qui nous rappelles la satisfaction d’ exister tous les trois ensembles. Hélène est omniprésente.
Je pense que La félicité se fait pas à pas, avec les gens qu’on aime. C’est un aboutissement logique à une foule de sentiments qui vous amène à une espèce d’extase d’être réunis.
Notre bonheur, il est là, maintenant .on la construit avec tout notre amour et je vais continuer avec Cathy à le faire vivre jusqu’à la fin de ma vie.

On avait de temps en temps l’impression d’alimenter les ragots du village. Que les gens discutaient sur notre passage, mais après quelques mois on était redevenu transparent et aujourd’hui nous sommes rentrés dans la normalité.
Je me fais plus parti du conseil de quartier. J’ai préféré éviter de mettre les personnes que je connais mal à l’aise en ma présence, surtout les élues à qui d’une certaine façon j’avais fait du tort. En explorant les galeries et en exploitant les données qu’ils m’avaient eux-mêmes fournies au cours de ma visite à la mairie.

Dans toute cette histoire, il y aura quand même un point positif, je tiens cela de l’adjointe à la culture.
À la levée des scellés le fameux tableau du XV siècle à fini par être expertisé. Confirmé comme étant une œuvre du peintre Jean Fouquet .Il y aurait depuis une bataille juridique entamée entre l’état et les descendants des anciens propriétaires du château pour récupérer et garder en France cette antiquité.

Suite à toute la publicité faite sur la découverte de cette œuvre majeure. Les Amies du Vieux Grigny dans le cadre de la recherche, de la sauvegarde et de la promotion du patrimoine local ont demandé une extension de classement du Nymphée dont ils ont la gestion, par la Fondation .
Cet arrêté a permis de relancer l’idée de remise en état, il pouvait maintenant continuer à rechercher des donateurs qui pouvaient comme le permet la loi, soustraire à leurs déclarations les dons de ce type.
Ce ne sera pas une tâche facile pour réunir les premières sommes importantes, nécessaires pour venir à bout de la première phase de ce dossier , pour visite du site et de ses galeries. Surtout dans la période économique difficile que nous vivons, mais tous les membres veulent y croire.
Et pourquoi pas, par la suite une éventualité de classement en tant que monument historique. Ce qui pourrait être la possibilité de continuer à remettre en état toutes ces galeries chargées d’histoire.

Chaque village a ses légendes. Notre triste aventure aura peut être permis de résoudre quelques énigmes ou au moins de supposer que les hypothèses que nous avions Cathy et moi avançés tout au long de nos investigations soient justes,l’avenir nous le dira.


FIN



Nous voilà à la fin de ce premier manuscrit et comme tout travail mérite salaire, merci de nous donner votre avis sur l'ensemble de ce roman.
Nous attendons en retour, avec impatience vos remarques, critiques ou tout simplement votre contentement.

La semaine prochaine, vous aurez une présentation sommaire d'un autre manuscrit inédit.

Aux plaisirs de vous lire.